










Aujourd'hui, pas de commentaires pour tous ces amis que nous aimons; ils ont la couleur et le regard des Marquises











Aujourd'hui, pas de commentaires pour tous ces amis que nous aimons; ils ont la couleur et le regard des Marquises

Dans beaucoup de religions, après la mort vient une nouvelle existence faite de joies ou de remords. La récompense ou la punition …un destin décidé unilatéralement par un Dieu autoritaire, vengeur ou infantilisant.
Ou alors, une perspective proposée à chacun pour le rendre plus docile, pour lui faire accepter les injustices de la vie…etc…
Personne n'étant jamais revenu pour raconter « la suite », les « prometteurs » utilisent l'argument indiscutable de la « foi » pour convaincre les « écoutants perméables » et maintenir leurs effectifs qui auraient tendance à diminuer lorsque la science apporte quelques explications « aux mystères… »
Les anciens marquisiens n'étaient pas manipulés par les mêmes « promesses naïves » puisqu'ils savaient que l'au-delà allait leur apporter les mêmes injustices que la vie terrestre. En effets, le « paradis marquisien » était constitué de trois étages et si les « taua » allaient dans la sphère luxueuse des chefs, l'humain de base partait pour l'éternité dans un « espace humide rempli de vermine »

Il y avait beaucoup de cruauté dans la société tribale. La fête était permanente, mais il fallait être dans le bon registre social. Ainsi, les handicapés qui étaient promis au sacrifice subissaient de nombreuses agressions…pour les « habituer à leur destin inévitable »

On peut penser que cette vision terrible de l'au-delà explique la crainte réelle que les vivants avaient de leurs proches devenus « vehine ae » (fantômes) car ces vallées où les ancêtres évoluaient en criant la nuit…auraient dû être des lieux de retrouvailles…
Les vivants avaient tellement peur de ces esprits qu'ils les flattaient avec des offrandes et évitaient surtout de les vexer.
Deux personnages célèbres « reposent » aux Marquises; tous les deux pensaient que rien n'existe après la mort…



Les premiers marquisiens arrivés à Nuku Hiva pratiquaient déjà les sacrifices humains. Les dieux qu'ils respectaient et qu'ils craignaient étaient représentés par des tikis de pierre ; les hommes pensaient même que les dieux habitaient ces tikis. Actuellement, beaucoup de mes amis craignent toujours ces tikis.On m'a raconté que des irrespectueux avaient été sévèrement punis par la magie de ces dieux de pierre…maladies, yeux exorbités, morts etc…
On m'a précisé que le « repentir » avait permis de soigner ou d'annuler les effets du mauvais sort…
Dans ce pays où la religion chrétienne est florissante, il y a une contrepartie pleine de croyances inquiétantes issues du passé et contre laquelle les marquisiens utilisent les recettes de l'église. La bénédiction est l'antibiotique qui protège des forces de l'ombre…

Ces têtes de tikis découvertes il y a quelques années ont disparu une nuit sans explications…elles seraient reparties dans leur lieu d'origine…

Quelques tikis dans la brousse de Ua Uka; c'est dans ce cadre qu'ils sont les plus beaux. Ils ont certainement vu des spectacles épouvantables

La sculpture est très sommaire mais ce tiki a été consacré avec du sang humain et aucun marquisien ne s'aventurerait à lui porter atteinte. Il a certainement été noyé d'eau bénite et de paroles « saintes »

Dans le même site

Toujours de grands yeux sans expression et une immense bouche; vision primitive qui situe les sens prioritaires

Les tikis sont absents sur l'île de Ua Pou …sans explications. Ils ne sont pas très nombreux sur l'ensemble de l'archipel…pillage? ils n'étaient peut-être pas nombreux autrefois car si difficiles à tailler.

Depuis toujours, les mêmes gestes rythment la vie aux Marquises. La sculpture est bien sûr la reine des activités de l'île. De 7 à 77 ans les sculpteurs produisent des objets culturels mais aussi les outils de la vie traditionnelle. Des pilons utilisés pour la préparation des « purées « fermentées ou fraîches aux plats en bois, en passant par tous les panneaux signalant les lieux importants, les sculpteurs sont très sollicités.

Le travail est pourtant long et difficile; les poussières de bois de rose sont très urticantes et le bruit fatigue…L'arrivée du matériel électrique permet des réalisations nombreuses et de qualité. Un de mes amis me racontait que son père qui autrefois, n'utilisait que son couteau et un coupe-coupe, vivait en sculptant six plats par mois.

Dans les vallées, toutes les ressources locales sont bonnes à prendre. Ici, la récolte des oeufs d'oursins. Une pleine pirogue d'oursins permet de remplir une bouteille d'un litre et demi d'oeufs; elle sera vendue 5000 cf c'est à dire 40 euro
Ces oeufs sont excellents crus avec du citron. En période de pleine- lune, les oursins sont remplis d'oeufs.

Le tapa, couche de bois battu, a longtemps été le tissu des marquisiens. Actuellement, il est surtout utilisé dans le cadre culturel. Parfois pourtant, des nostalgiques l'utilisent comme vêtement pour se marier . Ils viennent à la mairie à cheval …


Le repas du dimanche est toujours marquisien; on mange avec les doigts (c'est meilleur!) le taro (gris à droite), le mei jaune (fruit de l'arbre à pain), les concombres, les bananes « feï » et le poisson cru qui n'est pas coupé »…mais on a des dents!
La bouteille de lait de coco fait à la maison assure le goût…et les rondeurs!

Mon voisin a un pendentif original, un tiki monté en herminette…os et sabot de boeuf. Le porteur est très tatoué!

Mon ami Rasta a un joli tiki sur la poitrine. Il s'est fait tatouer dans une vallée. Il fait cohabiter ses convictions religieuses (Rasta se lève tous les jours à 4 heures du matin pour la prière familiale) avec une fierté évidente d'être de la lignée des guerriers

Comme chaque dimanche, Claire a fait fabriquer sa couronne de fleurs…il faut bien s'habiller pour sortir
Deux ou trois perles de culture…ça encadre bien!

Si Geneviève de Fontenay cherche un pays pour ses vieux jours…c'est ici le paradis…

Les jeunes filles sont très jolies et toujours heureuses de danser

La sculpture et la bijouterie occupent une place de plus en plus importante dans la vie culturelle et économique de l'île. Aussi, pour passer au stade supérieur, a-t-il fallu faire venir des professionnels. Les structures en fibres de coco tressées vont peu à peu laisser la place à l'or et l'argent. Plus solides, ces métaux offriront un label « bijou » à chacun des petits trésors réalisés.

De la pierre au bijou, le cheminement conservera les atouts des minéraux en les valorisant autrement

Les guerriers retournent docilement à l'école

Manifestement, les sculpteurs ont pris du plaisir à apprendre ces nouvelles techniques, car le plaisir est essentiel dans la mentalité marquisienne

Même la bijouterie traditionnelle change; une évolution vers les structures complexes est visible

Les marquisiens plutôt discrets dans la communication orale, sont très à l'aise pour s'exprimer dans la danse.

On retrouve tous les éléments décoratifs classiques: tatouages, armes, végétaux, plumes et colliers.

Il se produit un véritable transformisme; l'ouvrier timide du quotidien devient un guerrier hurlant et menaçant du tohua.

Les femmes plutôt timides et réservées rentrent dans une configuration séductrice et même provocatrice

Les ondulations du corps et des fesses les libèrent de toute contrainte morale, même si on les retrouve, dès le lendemain, à l'église…en costume strict…le visage pudique et le mental plus blanc que blanc…

Toujours très spectaculaire, la danse du feu

Les dents de cochon, bases du costume

La feuille et le lichen de la brousse sont très appréciés
Pour les grands évènements, il est de coutume de boire le « kava ». C'est une boisson fabriquée à partir de racines que l'on fait macérer. Sur le document, deux « tuhukas » ont préparé le breuvage qui sera réservé à quelques élus.

Il y a tout un rituel pour préparer et offrir le « kava ». J'en ai bu personnellement sur le tohua de Mauia; sensible à l'honneur qui m'a été réservé, j'ai pris du plaisir à participer à la cérémonie. Pour ce qui est du goût de la boisson, c'est amer et anesthésiant…on ne sent plus son palais.

Aussi, me suis-je rapidement renseigné sur les parties du corps qui allaient être « anesthésiées »…pas de risques, sous la ceinture …le kava est inoffensif

Il vous a à l'oeil!
Les tikis réalisés par les anciens marquisiens étaient des objets de culte; un culte cruel dont les dieux caractériels envahissaient la pierre et le bois en réclamant des sacrifices. C'est comme cela que le délire des grands prêtres voyait les choses et comme ils étaient tout puissants, c'est forcément comme cela que la tribu devait les voir y compris son chef qui était, lui aussi, soumis à l'autorité des « Taua ».
Les tikis, images de ces dieux n'avaient aucune expression; ni sourire ni colère. Ils étaient gris ou marron.
La société des créateurs marquisiens modernes, très attachée à ses racines, a pourtant bien évolué. Avec l'apparition des outils en métal puis électriques, les sculpteurs ont pu utiliser des pierres très dures, beaucoup plus belles que les « ketus » ou les « ponces » que les anciens taillaient. La célèbre pierre fleurie est devenue la reine, mais d'autres pierres que l'on trouve sur les plages ou dans les vallées ont connu le succès par leur couleurs et leurs formes.

Sur cette série, on voit à gauche le galet…vert et quelconque, que l'on a repéré grace à l'eau d'une vague; au milieu une tranche terne, coupée dans le même galet; à droite la pierre polie avec toutes ses nuances.
A partir du jour où un sculpteur découvre cette richesse colorée, il ne voit plus la plage et ses galets de la même façon; la chasse au trésor commence…une drague inextinguible, où sous chaque épiderme banal se cache la perle rare aux yeux mordorés…
Chacun ne rêve plus que de trouver au coin d'une plage ou au détour du chemin, le coup de foudre…

Alors, la passion va agiter le curieux, puis elle va faire monter son plaisir. Lui, frottant, lustrant, caressant l'objet de sa découverte et maintenant de son désir, se montrera impatient et perdra l'appétit jusqu'à ce que la merveille étincelle devant ses yeux…

Et la vie a distribué les goûts et les couleurs de telle façon que chacun choisira les formes de ses fantasmes

Alors que les uns gémiront d'amour devant les déclinaisons irisées, d'autres, nostalgiques des mouvements hippies iront tailler de l'os pour proposer à leur tiki, un casse-tête-guitare qui fera hurler de colère les « vehine ae » qui hantent toujours les vallées.

La nuit, les Marquises s'animent. Tous ces esprits, tous ces dieux de pierre et de bois, toutes ces femmes vengeresses mortes en couche avant de devenir « vehine ae » (femmes transparentes), toutes ces épouses trahies qui ont pris du poison pour revenir torturer mari et maîtresse…enfin, tous ces inquiétants ectoplasmes font un vacarme qui ferait fuir le hibou le plus courageux…Mais de hibou…il n'y en a point!
Et les marquisiens? On connaît leur courage et leur fierté, mais face aux revenants et aux dieux…il n'y a plus personne…
Un de mes amis était parti pêcher les chevrettes dans un ruisseau de la montagne; mauvais jour, les chevrettes étaient rares et soudain l'eau translucide du cours d'eau se troubla…alors, sur le sable, il découvrit une trace de pas, un pied gauche…qui se répétait sans trace du pied droit. Ce phénomène est bien connu aux Marquises, et on connaît tous le responsable de cette perturbation. Il n'y a qu'une chose à faire, prendre les jambes à son cou et filer!…ce que fit mon ami.

A Ua Uka, il y a une grotte en bord de mer. Elle est accessible uniquement à marée basse, et sur le sable, on distingue très bien des pas . Seul le pas gauche trace un déplacement de l'océan vers la grotte et tout est effacé à chaque marée montante puis réapparaît à marée descendante…mystère.
Un de mes amis, digne de foi a constaté le phénomène sans trouver d'explication.

D'une île à l'autre, la langue marquisienne change mais les croyances sont les mêmes. Il y a une vallée abandonnée, à Ua Pou, où les marquisiens respectent le silence. On dit qu'il faut la quitter avant 16 heures car les esprits s'agitent. J'ai rencontré un archéologue qui a passé la nuit sous une tente, au milieu des endroits « tapu », et effectivement, il a été dérangé…par…les moustiques; mais…il était un homme blanc!

Toutes ces émotions, toutes ces couleurs et la culture renaissante font les Marquises. Les enfants du pays sont comme partout ailleurs « fiers de leur identité »