
En marquisien, Les Marquises s'appellent «henua’ enana » ce qui signifie « Terre des hommes ». La langue marquisienne s'appelle «eo’ enana » ce qui signifie « la langue de l'homme ». Pendant longtemps, les marquisiens ont considéré qu'ils n'étaient pas sur un archipel, mais que Les Marquises constituaient « le monde ».
Robert Suggs a longuement étudié les éléments déterminant l'origine de la civilisation marquisienne. À la suite d'un raz-de-marée, on lui a indiqué la présence de nombreux os de cochon sur une plage de l’île de Nuku Hiva au joli nom «Ha’atuatua ». En 1957, il s'est donc rendu là-bas et a découvert avec satisfaction que les os étaient d'origine humaine. Il se lança dans des fouilles qui permirent d'en savoir un peu plus.
Les marquisiens de cette plage sont arrivés en 150 avant Jésus-Christ. Ils ont construit des maisons rudimentaires en forme de pirogues renversées avec un toit de chaume. Ces maisons étaient érigées à proximité d'un torrent. Les squelettes trouvés démontrent de façon certaine une origine polynésienne. Dès le début, le cannibalisme existait, au moins de façon rituelle. Ces grands voyageurs avaient apporté avec eux des cochons, des chiens, des rats (à leur insu) et certainement des poules. Ils avaient aussi apporté des noix de coco, du taro, des ignames et des arbres à pain.

On a retrouvé des objets utilitaires ; des hameçons en nacre, des herminettes en pierre polie et quelques terres cuites (trouvaille étonnante car la poterie n’ existait nulle part dans l'archipel). Il existe des incertitudes pour déterminer si ces poteries avaient été apportées ou si elles ont été fabriquées sur place. Elles étaient d'une qualité médiocre.

La plage de Ha'atuatua, magnifique et déserte
J'ai personnellement eu la chance d'aller à Ha’atuatua en pirogue, car il n'y a aucun moyen de s'y rendre par voie terrestre, j'ai constaté la faiblesse des théories basées sur la tradition orale puisqu’ on m’a dit là-bas, que les os retrouvés, correspondraient à une épidémie ayant ravagé la population vers la fin du 19e. Or l’ethnologue Suggs a fait faire une datation au carbone et elle prouve que ces squelettes datent de 150 avant Jésus-Christ.

Sous les falaises de Ha'atuatua
Ce qui semble certain, c'est que ces premiers polynésiens ont fait partie d'une expédition qui cherchait réellement à découvrir de nouvelles terres.
Les sépultures trouvées révèlent qu’à l'époque il n'existait aucune hiérarchie sociale marquée. De petites colonies ont essaimé pour aller s'installer sur les îles proches dans les endroits les plus favorables.
Si les premières maisons étaient construites sur le sol, par la suite, entre 100 et 1100 après Jésus-Christ, un pavage particulier « le pae pae » fut réalisé pour que la maison soit surélevée. Le fruit de l’arbre à pain devint la base alimentaire de cette société.

Toute cette période fut paisible avec une évolution lente de la culture marquisienne. Mais, vers 1100 après Jésus-Christ, la population était très importante dans les îles et des luttes intestines meurtrières apparurent. Une certaine partie de la population se dispersa et c'est à cette époque que les petites îles de Eiao et Mohotane furent habitées. Certains marquisiens partirent vers les « Tuamotu » (Mangareva ). Les luttes étaient certainement violentes car on constate sur l’île de Nuku Hiva, la construction d'un immense réseau de fortifications par la tribu des Tei’i pour lutter contre les redoutables guerriers Taipi de la vallée fertile de Taipivai .
On retrouve sur les restes de ces fortifications d'anciens silos à popoï (pâte fermentée du fruit de l’arbre à pain) pour tenir le siège et de nombreux galets polis qui avaient servi de munitions aux « maka » marquisiens très adroits et qui manquaient rarement leur but.

C'est à cette époque (après 1100 ap JC) que furent créés les premiers centres de cérémonie en version agrandie. Ces « Tohua » représentaient l'orgueil de la tribu. En temps de guerre, la plus grande insulte que pouvait infliger le vainqueur était de raser le « Tohua » du vaincu.