Archive for novembre, 2008

Les bateaux et la colonisation

Dimanche, novembre 30th, 2008


La société marquisienne composée de multiples tribus a connu un essor important après 1400.


Les terres fertiles ont permis un développement important et on pense que l'ensemble des Marquises comptait plus de 100 000 habitants. En même temps, les tensions  ont causé des guerres entre les tribus et ont désorganisé régulièrement la société marquisienne. Avec le temps, on pense que chaque île serait arrivée à une organisation globale régulée par une autorité unique sans intervention extérieure.




l'équipage, l'église…


Mais des bateaux sont venus du large et le processus a été interrompu ; les colonisateurs ont réglé à leur façon les problèmes politiques. Ils ont en même temps apporté le modernisme avec de bonnes et de mauvaises choses…



Les marquisiens ont découvert les armes à feu,  et les guerres intestines sont devenues meurtrières ; les maladies vénériennes se sont répandues et la natalité a chuté de façon dramatique au point qu'on ne comptait plus que 1500 marquisiens  au milieu du XIXe. L'alcool a fait des ravages. L'esclavagisme a opéré des prélèvements dans les vallées de certaines îles et lorsque que par la suite certains de ces esclaves ont été libérés,  leur retour dans la tribu d'origine s'est accompagné d'une importation de maladies redoutables pour les locaux.



A Ua Pou, on me raconte que régulièrement des bateaux venaient et faisaient monter à bord des marquisiens à qui l'on proposait de l'alcool. Par la suite, le bateau emportait les malheureux. Un bateau italien a pourtant connu une issue fatale ; le grand-père d’un de mes voisins a décroché les amarres pendant la nuit et le voilier s'est échoué. Il s'est brisé contre les rochers devant  Hakahau. Bien plus tard, un tsunami a découvert les restes du voilier ensablé et ils ont fini en « séchoirs à coprah… »



L'Astrée



L'amiral Dupetit-Thouars prend officiellement possession de Tahuata sans que la population réalise l'importance de la situation

La langue marquisienne : eo'enana

Vendredi, novembre 28th, 2008

Le 28 novembre, dans toute la Polynésie, des manifestations ont lieu pour valoriser la culture locale et les langues de chaque archipel.


Le marquisien( eo’enana), est une langue qui fait partie du patrimoine. Très utilisée par les générations anciennes, elle a tendance à s’hybrider et il est important que des actions rappellent à toute la population,  l'importance qu'elle a dans le capital culturel marquisien. Enseignée à l'école, grâce à une volonté politique, elle reste un élément d'identité essentiel.


A cette occasion, un four marquisien est réalisé.



Cochon, poisson, chèvre, banane, taro, poulpe etc…sont cuits dans cette cage posée sur des pierres volcaniques chauffées. Les aliments sont disposés dans des petites corbeilles tressées en feuille de coco.




La cuisson du mei (fruit de l'arbre à pain)




Il existe de nombreuses espèces d'arbres à pain avec des fruits différents.


 


 



Le tatoueur oeuvre sous le « hae'poa »



La fabrication du tapa, couche de bois battue pour créer des vêtements, des décorations etc…



Le tapa



Les enfants ont découvert les éléments de leur culture; chapeau en tapa



Perles et plumes



« kumu hei » le bouquet d'amour(parfum aphrodisiaque)


Aux touristes, on dit qu'il se met sur la tête, mais c'est ailleurs que les marquisiennes dissimulent cette composition « émouvante… »


 


 

Le peuplement des Marquises

Mercredi, novembre 26th, 2008


En marquisien, Les Marquises s'appellent «henua’ enana » ce qui signifie « Terre des hommes ». La langue marquisienne s'appelle  «eo’ enana » ce qui signifie « la langue de l'homme ». Pendant longtemps, les marquisiens ont considéré qu'ils n'étaient pas sur  un archipel, mais que Les Marquises constituaient « le monde ».


Robert Suggs a longuement étudié les éléments déterminant  l'origine de la civilisation marquisienne. À la suite d'un raz-de-marée, on lui a indiqué la présence de nombreux os de cochon sur une plage de l’île de Nuku Hiva au joli nom «Ha’atuatua ». En 1957, il s'est donc rendu là-bas et a découvert avec satisfaction que les os étaient d'origine humaine. Il se lança dans des fouilles qui permirent d'en savoir un peu plus.


Les marquisiens de cette plage sont arrivés en 150 avant Jésus-Christ. Ils ont construit des maisons rudimentaires en forme de pirogues renversées avec un toit de chaume. Ces maisons étaient érigées à proximité d'un torrent. Les squelettes trouvés démontrent de façon certaine une origine polynésienne. Dès le début, le cannibalisme existait, au moins de façon rituelle. Ces grands voyageurs avaient apporté avec eux des cochons, des chiens, des rats (à leur insu) et certainement des poules. Ils avaient aussi apporté des noix de coco, du taro, des ignames et des arbres à pain.



On a retrouvé des objets utilitaires ; des hameçons en nacre, des herminettes en pierre polie et quelques terres cuites (trouvaille étonnante car la poterie n’ existait nulle part dans l'archipel). Il existe des incertitudes pour déterminer si ces poteries avaient été apportées ou si elles ont été fabriquées sur place. Elles étaient d'une qualité médiocre.



La plage de Ha'atuatua, magnifique et déserte


J'ai personnellement eu la chance d'aller à Ha’atuatua en pirogue, car il n'y a aucun moyen de s'y rendre par voie terrestre, j'ai constaté la faiblesse des théories basées sur la tradition orale puisqu’ on  m’a dit là-bas, que les os retrouvés, correspondraient à une épidémie ayant  ravagé la population vers la fin du 19e. Or l’ethnologue Suggs a fait faire une datation au carbone et elle prouve que ces squelettes datent de 150 avant Jésus-Christ.



Sous les falaises de Ha'atuatua


Ce qui semble certain, c'est que ces premiers polynésiens ont fait partie d'une expédition qui cherchait réellement à découvrir de nouvelles terres.


Les sépultures trouvées révèlent qu’à l'époque il n'existait aucune hiérarchie sociale marquée. De petites colonies ont essaimé pour aller s'installer sur les îles proches dans les endroits les plus favorables.


Si  les premières maisons étaient construites sur le sol, par la suite, entre 100 et 1100 après Jésus-Christ, un pavage particulier « le pae pae » fut réalisé pour que la maison soit surélevée. Le fruit de l’arbre à pain devint la base alimentaire de cette société.



Toute cette période fut paisible avec une évolution lente de la culture marquisienne. Mais, vers 1100 après Jésus-Christ, la population était très importante dans les îles et des luttes intestines meurtrières apparurent. Une certaine partie de la population se dispersa et c'est à cette époque que les petites îles de Eiao et Mohotane furent habitées. Certains marquisiens partirent vers les « Tuamotu » (Mangareva ). Les luttes étaient certainement violentes car on constate sur l’île de Nuku Hiva, la construction d'un immense réseau de fortifications par la tribu des Tei’i pour lutter contre les redoutables guerriers Taipi de la vallée fertile de Taipivai .


On retrouve sur les restes de ces fortifications d'anciens silos à popoï (pâte fermentée du fruit de l’arbre à pain) pour tenir le siège et de nombreux galets polis qui avaient servi de munitions aux « maka » marquisiens très adroits et qui manquaient rarement leur but.



C'est à cette époque (après 1100 ap JC) que furent créés les premiers centres de cérémonie en version agrandie. Ces « Tohua » représentaient l'orgueil de la tribu. En temps de guerre, la plus grande insulte que pouvait infliger le vainqueur était de raser le « Tohua » du vaincu.




Parures marquisiennes

Mardi, novembre 25th, 2008


Avant d'une pirogue


Comme toutes les représentations à forme humaine,cette sculpture consacrée, était habitée par un dieu qui devait porter chance au rameur. Elle guidait le pêcheur vers la réussite, comme les hameçons utilisés, qu'il avait taillés dans les os d'un ancêtre disparu.



Ce couvre-chef fabriqué avec des écailles de tortue et des plaques de nâcre pouvait se porter comme on le voit ou retourné (la tresse en fibre de coco en bas); la position choisie indiquait les intention du « taua »…



Cette parure portée par le « tuhuka » était fabriquée à partir de nâcres et de plumes de coq (oiseau qui était capturé le temps de se faire voler les plumes de la queue, puis relâché)



Ancien « pahu » (tam tam) ; l'armature de bois est habillée de tapa et de fibres végétales tressées; ce modèle n'est plus employé mais de source sûre, il va être fabriqué à nouveau.



Eventail de chef



Boucle d'oreille constituée d'une dent de cachalot, d'une plaque osseuse et d'un « ivi po'o » (bague sculptée en os humain)



Fronde comportant aussi un « ivi po'o » en tête de tiki et des cheveux humains

Les dieux et les esprits aux Marquises

Lundi, novembre 24th, 2008


 


Les anciens marquisiens avaient de très nombreux dieux. Un peu comme les Grecs et Romains, ils avaient des dieux pour toutes les choses de la nature et même pour toutes les situations de la vie. Il y avait le dieu du feu, de la pêche, de la mer, des statues etc… mais aussi le dieu de la puberté, le dieu des voleurs , le dieu des buveurs de kava, le dieu de la jalousie conjugale etc …


Les dieux principaux étaient discrets et peu craints, et donc n'impliquaient pas d'attitude particulière de la part des marquisiens ; par contre les «  petits dieux » étaient turbulents, agressifs etc … et il fallait  les ménager. C'est à eux que s'adressaient les offrandes, les cérémonies etc…


 Ils  faisaient régner une « sainte terreur » dans la tribu. On pense qu'un certain nombre de personnages marquants du début  de l'histoire des marquisiens ont été divinisés après leur mort.



En plus des dieux, présents dans tous les lieux, il y avait les esprits de certains défunts qui rôdaient.



Les femmes mortes en couches risquaient de devenir des «vehine hae » (fantômes femelles) qui viendraient perturber et même tuer les femmes enceintes de la tribu. De nombreuses offrandes étaient prévues pour les calmer et pour éviter leurs néfastes interventions. Ces femmes mortes en couches  étaient déposées dans des endroits particuliers «tokai » pour éloigner leurs influences. Des témoins racontent qu'au milieu du XXe siècle, de telles pratiques ont été constatées.



Une particularité de la religion marquisienne, c'était le traitement différent réservé à ceux qui accédaient au paradis. Il y avait trois étages correspondant  à trois niveaux de la société.


-le «havaii te’a’o » était réservé aux chefs et aux  gens de bonne famille


-le «havaii vaveka » était le lieu des « tuhuka », des guerriers et des personnages d'une certaine importance dans la tribu


-le «havaii ta uka » était le plus près du sol, il était réservé au peuple ordinaire.


Dans le premier on trouvait tous les biens de ce monde :  les aliments, les belles femmes ; dans le troisième on ne trouvait rien de bon, que des vers et de la charogne…


Le choix de l'étage n'avait aucun rapport avec le comportement bon ou mauvais du défunt pendant sa vie. C'est uniquement la position sociale qui déterminait l'étage.


Gauguin génie de l'exotisme

Samedi, novembre 22nd, 2008


Réaliser un article sur Gauguin, c'est toujours un grand plaisir. Il n'y a qu'à se laisser bercer par la musique des couleurs de ses oeuvres et par les messages sous-jacents qui fleurissent dans ses tableaux pour éprouver un bonheur exotique.




Cette jeune et jolie Marquisienne a posé pour Gauguin


Artiste, donc marginal, Gauguin n'a pas fait l'unanimité dans la société de l'époque. Il faut dire qu'il n'y est pas allé de main morte pour remettre en question le système colonial et les structures morales imposées aux marquisiens. L'église, qu'il a brocardée, c'est vrai, et notamment lorsqu'il a réalisé une sculpture de l’évêque accompagné de sa gouvernante nue… a réagi vigoureusement aux remises  en question du modèle qu'elle voulait imposer. Il est vrai que nous étions au tout début du XXe siècle. Les choses ont-elles vraiment changé,  puisque je me laisse dire qu’un célèbre politique français voulait interdire la vente de poupées destinées à le ridiculiser…lui … homme public, ayant accepté les règles des pays « libres »…



Le monde de l'art serait orphelin sans des personnes comme Baudelaire, Hugo, Gainsbourg…


Tous ces génies auraient-ils produit des oeuvres d'une qualité exceptionnelle, des trésors pour l'histoire humaine s'ils avaient mené une vie de «  bon père tranquille » ?



Gauguin souhaitait l'égalité entre les marquisiens et les colonisateurs. Pourquoi les marquisiens n'avaient-il pas le droit de boire les mêmes produits que les «  gens venus d'ailleurs » ? (loi de l’époque)


Il  a certainement été un grand défenseur de l'identité marquisienne et du libre choix social. Les manipulations du système en ont fait un démon dans l'esprit des « bien-pensants ». À sa mort, il était avec une jeune marquisienne, mineure, et  si on l'accuse de pédophilie,  il faut savoir que cette jeune fille avait déjà eu un enfant avec un précédent compagnon marquisien et que cela ne choquait personne.



Gauguin, malade et au bout du rouleau ,  s'est peut-être suicidé (quelques indices le laissent penser). Il laisse des trésors à l'humanité et sans chercher à juger sa vie et ses choix, c’est l'artiste que l'on doit remercier.



La tombe de Gauguin, honoré par le Ministre de la Culture

Le vaka, la pirogue aux Marquises

Vendredi, novembre 21st, 2008


La Polynésie et la pirogue, c'est une histoire d'amour. Un peuple qui est arrivé sur les îles par l'océan dans des pirogues doubles en acceptant tous les risques et un grand pourcentage de mortalité ne peut oublier cette embarcation primordiale dans son histoire.



La pirogue est associée aux actes de guerre, aux migrations, à la pêche et actuellement au sport, à la compétition. Régulièrement, des nostalgiques reconstruisent des pirogues traditionnelles sur le modèle des anciens. Ils  respectent  souvent les règles employées par les «  tupuna », c'est-à-dire qu'ils emploient les matériaux de l’île comme le cocotier .



En ce qui concerne la compétition, le problème est différent.On utilise du matériel moderne, rapide et léger. La Polynésie est très bien placée au niveau mondial ; elle possède même les champions du monde dans pas mal de catégories.



UN V6 (pirogue à 6 places, catégorie vedette en Polynésie)



La vie en vase clos dans ces petits paradis prive les jeunes des distractions habituelles de leur âge. Pas de cinéma, pas de bistrot et peu d'endroit où ils peuvent vivre les loisirs modernes. Alors le sport prend une importance particulière (et c'est une bonne chose) ; le football très apprécié rassemble beaucoup de jeunes, quant à la pirogue elle incarne complètement les fantasmes des hommes de la mer. Il y a beaucoup de pratiquants et lorsqu'une grande compétition a lieu, toute la population vit en suivant les péripéties des étapes.




Notre ami Rasta, déjà cité sur le blog pour ses compétences en Haka, est un champion du vaka (la pirogue en marquisien). Chaque soir, il vient s'entraîner au large de Hakahau traînant derrière son vaka, une ligne qui lui permet de rapporter de jolies carangues (10kg son record). La pirogue est un sport exigeant qui demande une forme parfaite pour pouvoir résister aux heures de fatigue. Elle demande aussi une très bonne technique pour utiliser la force de la mer. Sur l'une des photos, on voit Rasta surfer avec maîtrise, sur une vague et ainsi se déplacer rapidement  en économisant ses forces.




 

La guerre et la paix aux Marquises

Jeudi, novembre 20th, 2008


Un « kaioi »


Chez les anciens marquisiens, la guerre était une distraction et tous les prétextes étaient bons pour la déclencher. Ce n'était pas le chef de la tribu qui dirigeait les opérations mais un chef de guerre, ayant les qualités pour combattre. Une véritable stratégie réglait toutes les opérations : préparation des pirogues, entretien du matériel, construction de fortifications. Les combattants n'avaient pas le droit de rencontrer les femmes, ils étaient souvent recrutés parmi les « kaioi » (animateurs danseurs). Il fallait absolument être tatoué pour inspirer la terreur à l'adversaire. Le guerrier était orné de plumes, d'un bandeau, de plaques blanches sur les oreilles etc… À la ceinture étaient accrochés les crânes de ses dernières victimes garnis de petits cailloux. L'arme favorite était le casse-tête long de 1m50.



Il y avait aussi des lances, des frondes et des épieux en bois de fer. Leur armement servait à attaquer; la seule défense c'était la fuite qui n'était pas considérée comme une lâcheté.



La guerre avait lieu pour se procurer quelques victimes destinées aux cérémonies ou par vengeance.


Tant qu'une vengeance personnelle n'était pas assouvie, l'intéressé se rasait un côté de la tête et rassemblait les cheveux du côté opposé en une mèche qui passait à travers une bague d’os humain. Le plus souvent, les vengeances personnelles se réalisaient par un raid où l'on faisait prisonniers, des femmes et des enfants que l'on immolait au « meae » et que l'on mangeait après avoir montré une très grande cruauté…


Les batailles avaient toujours lieu de jour, car on craignait les « vehine hae » (fantômes) qui courent la nuit. Le casse-tête était une arme redoutable presque toujours mortelle.



La guerre se vivait comme un film jour après jour avec des conteurs qui chaque soir racontaient les événements.


Lorsqu'une tribu désirait la trêve elle envoyait des émissaires pour amorcer les négociations.


À l'occasion de funérailles ou simplement pour se reposer, on demandait la trêve en brandissant une branche de cocotier. Quand on désirait la paix, on envoyait un porteur qui du haut d'une colline agitait un «hu’umana » (branche de cocotier ou  de palmier). Les deux chefs ennemis se rencontraient, et s’offraient des présents ( tortues et  victime humaine…). La victime immolée était le plus souvent une jeune femme. Parée et huilée, la pauvre était brûlée vive au bord de la mer(heaka vai titi) pendant que l'on chantait l’hymne de la paix.



Les tribus étaient alors unies comme les doigts la main. On échangeait même des enfants et des noms.


En cas de défaite d'une des tribus, le parti vaincu au cours du combat procédait à une cérémonie d'envoûtement. On mêlait le sang de ses guerriers tués à un peu de terre et on allait délayer le mélange dans l'un des ruisseaux où la tribu qui avait triomphé  prenait son eau afin qu'elle soit battue au prochain combat.


 

Morale , tatouage et mission

Mercredi, novembre 19th, 2008


Les anciens marquisiens faisaient de la séance de tatouage une fête. Le tatouage était exécuté dans un hae tapu (case tapu). A la fin de la séance, le tatoué exhibait la réalisation devant l'assistance. Des sacrifices humains avaient lieu.


À l'arrivée de l'église, cette tradition fut remise en question. Se décorer le corps avec des dessins n'était pas plus immoral que de se percer les oreilles pour placer un bijou, cependant, tous les rites qui accompagnaient le tatouage étaient immoraux pour les missionnaires. Ceux-ci parlaient d'indécence car souvent des tatouages étaient effectués dans les «  parties honteuses » du corps…



De plus, pendant la réalisation du tatouage, il était d'usage que le tatoueur  tienne des discours jugés « licencieux » par l'église et qu'il chante des chants « lascifs ».


À la fin, lorsque le tatouage était réalisé, il y avait une fête publique , le «tuhi tuki » pendant laquelle le tatoué montrait son tatouage en réalisant un véritable « outrage à la pudeur »…


Les missionnaires ont donc interdit la pratique du tatouage pendant la deuxième partie du XIXe siècle. Cette interdiction fut prise à Hatiheu par la mission sous l'autorité de Mgr Dordillon. Certains marquisiens convertis tentèrent même d'effacer en injectant du lait, les tatouages qui couvraient leur corps.



Il y eut même un arrêté de l'autorité civile pour signifier cette interdiction en 1898. Mais en 1901, le commandant Germinet, à qui l'on demanda ce qu'il pensait de cette défense répondit : « tatouez-vous, si cela vous plaît, et dites que c'est moi qui vous le permets !»


Les « taua », grands prêtres marquisiens

Mardi, novembre 18th, 2008


Dans la société marquisienne, une hiérarchie très organisée classe les autorités du culte. Les « taua » sont les grands prêtres (parfois des femmes) ; les « moa » sont les serviteurs des grands prêtres; les « tuhuka ooko » sont les très savants ; les « tuhuka » sont les savants de second ordre.


Les « taua » du premier ordre, sont ceux en qui un Dieu s'est enfermé. Ils pensaient que Dieu choisissait de s'installer dans le « taua ». Celui-ci aurait ensuite le devoir d'annoncer la volonté du Dieu, de demander des victimes et de présider aux sacrifices et à certaines cérémonies.


Un ancien missionnaire (P Garcia) raconte comment le Dieu prenait possession du « taua ».


C'était dans un lieu sacré, la nuit le plus souvent, pendant que le grand prêtre se reposait, la tête appuyée sur le tronc d'un cocotier. Il criait parce qu'il entendait venir le Dieu. On entendait un bruit tantôt fort tantôt léger, mais toujours étrange, une sorte de ventriloquie, art que les marquisiens n'ignoraient pas. Le grand prêtre annonçait : le voilà, le voilà ! Je le tiens… Je le serre dans la main ; d'autres fois, il prétendait qu'il était descendu dans son ventre.



Le « taua » devenait alors triste, sombre et tremblait de tous ses membres puis il partait avec ses serviteurs, les « moa », parcourir le pays porté par une force invisible. Avec ses serviteurs, il pratiquait des danses grotesques et respectait des règles très strictes quant à la boisson et à la nourriture. Lorsqu'ils passaient (taua et moa), chacun devait rester au logis, sans allumer de feu ; tout travail devait cesser.



De retour dans sa tribu, le « taua » montait  sur les pavés spéciaux des cérémonies, et dans un délire haletant, dans un accès de fureur, il s'écriait:  » il faut des victimes humaines… Il en faut (il disait le nombre) vous les trouverez dans tel endroit… »


Alors les guerriers partaient avec confiance et  ne se trompaient pas souvent.. On raconte qu'il n'y avait jamais d'erreurs.



Les victimes étaient ramenées puis présentées sur la place publique. Les femmes taua venaient faire des évolutions devant elles et si elles portaient un bâton de bois de fer (appelé  »hoto  »), c'était le signe qu'elles allaient demander des victimes ; si elles portaient un morceau de canne à sucre, il y avait tout lieu de penser qu'elles n'en réclameraient pas .


Les « taua » inspiraient une crainte respectueuse voisine de la terreur. Tous ceux qui passaient sur leur ombre, sur leur natte, sur leurs habits etc… et tous ceux qui cherchaient à entraver leurs desseins étaient « dignes de mort ».