Archive for octobre, 2008

Le discours des tikis

Vendredi, octobre 31st, 2008


Les tikis sont la représentation matérielle des esprits et des dieux. Même le sculpteur qui réalise un tiki voit son oeuvre lui échapper et devenir une entité au service des forces magiques. À la suite de cérémonies, parfois redoutables, le tiki prend possession d'un pouvoir et devient l'objet d'une vénération et d'une crainte. Mais sans ce pouvoir, la matérialité serait orpheline et sans saveur.



Les êtres humains sont toujours à la recherche de sensations et de sentiments qui échappent à la logique. Parfois ils tombent amoureux, envahis de bonheur et de crainte dans un espace où le rêve remplace totalement la raison ; ou bien ils découvrent  la foi, conviction absolue qu'aucun raisonnement ne peut valider et encore moins invalider. En tout cas, ils vibrent en toute incohérence, mais que c’est bon !


La société marquisienne, très imprégnée de son passé culturel, très dépendante de ses superstitions se doit de lutter pour que la tradition avec ses couleurs poétiques résiste et ne se dilue pas avec le temps dans une société moderne qui ne satisfait personne.



À se promener dans les sites anciens, à écouter les murmures de la brousse en contemplant les restes d'un passé récent, on entend facilement les ricanements des tikis, on sent les vibrations qui montent du pae pae pour certifier que les esprits des anciens sont toujours là que tout serait bien triste sans leur présence.


Sont-ils présents dans les pierres ou sont-ils le fruit d'une divagation de l'esprit qui succombe au charme de l'ambiance locale. Peu importe, ressentir c’est vivre…


 


Le pahu , instrument du haka

Jeudi, octobre 30th, 2008


Le pahu, sorte de grand tam-tam sur lequel on tape avec les doigts,  le plat de la main voire même avec le poing est la base du haka. Dès leur plus jeune âge, les enfants marquisiens montrent beaucoup d'aptitude au rythme et un besoin de s'exprimer en frappant toutes sortes d'objets. Les enseignants en savent quelque chose, eux qui cherchent le silence et la concentration dans la classe se trouvent perpétuellement contrariés par cet instinct culturel. Une boîte de conserve, une table, la carrosserie d'une voiture ou même la tête sont autant de situations pour vibrer en rythme.




Tous les « pahu » des marquises sont fabriqués artisanalement dans les villages. Il est vrai que maintenant la tronçonneuse facilite le travail mais il reste tous les paramètres qui vont déterminer le son et la solidité de l'instrument.



On peut assister à des spectacles d'une soirée, sans autres instruments que le pahu, le chant et les cris menaçants des guerriers ou incitatifs des guerrières.


Ces «  pahu » sont soigneusement ornés avec des motifs marquisiens ; tikis, oiseaux, motifs de guerre etc…


La peau du pahu est de provenance animale ; le boeuf actuellement, le requin parfois.


Porter, capitaine américain à Nuku Hiva

Mercredi, octobre 29th, 2008


Nous sommes en 1812, l'Amérique et l'Angleterre sont en guerre. L'Angleterre domine sur les océans et la marine américaine assez faible ne dispose que de la façade atlantique pour ses ports.


Quelques bateaux de guerre américains font des interventions contre la marine marchande anglaise mais sont largement dominés par les bateaux anglais.


Porter est capitaine d'un bateau bien armé : L’Essex. Il décide de se rendre dans l'océan Pacifique pour maîtriser les bateaux marchands anglais. Dominé et menacé par deux bateaux de guerre anglais, il se rend aux îles Marquises avec trois bateaux de guerre qu'il a pris à l'ennemi et débarque à Nuku Hiva. À cette époque, l’île est très peuplée (19 000 guerriers). Porter fait construire une enceinte fortifiée sur la butte Tuhiva,  à l'emplacement du futur fort Collet.



La baie de Taiohae


Il fait une alliance avec Kiatonui, le chef des Teii ; rencontre la belle Paetini (15 ans et fille du chef) ; elle sera sa maîtresse pendant tout son séjour à Nuku Hiva.



Paetini, dessin original de Porter


 Après quelques échanges difficiles, il s'associe avec la tribu des Hapaa et celle des Teii pour combattre les terribles Taipi (vallée de Taipivai). Il a besoin de toutes ces tribus pour reconstituer son stock de vivres. Il lance donc une première attaque par la mer contre les Taipi en passant par la baie de Taipivai mais subit un cuisant échec car dans la brousse les frondes, les pierres et les javelots sont plus efficaces que les fusils, de plus il est victime de traîtrise car chacune des tribus alliées est prête à passer du côté de l'adversaire en cas de défaite.



La baie de Taipivai


 Pour ne pas perdre la face auprès de ses alliés, il décide quelque temps plus tard d'attaquer les Taipi de nuit en passant par la terre. C'est un défi difficile et dangereux mais il rencontre ses adversaires sur un terrain dégagé où les armes à feu prennent le dessus. Les Taipi demandent  la cessation des combats et Porter revient à Taiohae auréolé de son triomphe.


Après six mois passés à Nuku Hiva, il décide contre l'avis de la plupart des marins de repartir. Les chefs de Nuku Hiva sont d'accord pour que l'île devienne américaine (c'est le gouvernement américain qui ne donnera pas de suite à ce projet).


 Son voyage se terminera sur les côtes Chiliennes. Essayant de fuir par gros temps devant les bateaux anglais, il voit son mât principal casser et doit rejoindre une baie où il sera fait prisonnier.


Porter sera par la suite échangé contre des prisonniers anglais de même type ; la belle Paetini avec laquelle il avait entretenu une idylle deviendra l'épouse du chef des Taipi et de trente deux maris secondaires, et mettra au monde Apekua, la première femme du célèbre chef Temoana (avant Vaekehu).


 


photo datant de 1890


Tout ceci n'est qu'un résumé d'une histoire palpitante où les guerriers, le charme des marquisiennes et le terrible relief de ces îles sont des ingrédients qui vous transportent au pays des fleurs. Nuku Hiva aurait pu être américaine…


J'ai la chance d'avoir le récit intégral ; un moment fort en émotions.


 

Monoï, la séduction par la peau

Mardi, octobre 28th, 2008


La noix de coco est un don des dieux aux Marquises. Largement utilisée en cuisine, elle excelle dans les soins de la peau. Autant pour la santé que pour la séduction, elle constitue une base que toutes les marquisiennes apprécient.



Elle empêche le dessèchement de la peau et réveille l'appétit galant des conjoints. Le monoï, huile extraite de la noix de coco est parfumé avec des fleurs de tiaré ou du santal ; il est utilisé pour empêcher certains insectes de piquer. Les terribles nonos patinent lamentablement sur une peau bien huilée, alors que la caresse du compagnon glisse en douceur dans le parfum des combinaisons florales.



Industriellement, la noix de coco produit le coprah. C’est l’amande de la noix que l'on fait sécher au soleil avant d'en faire des produits de beauté ou des savons de grande qualité.



Le coprah, c’est aussi une source de revenus importante dans les îles. Le gouvernement subventionne sa production et ainsi les cocoteraies sont bien entretenues. Il faut préciser que la production polynésienne est insuffisante. Il y a deux ou trois ans, l'exploitation d'une plante médicinale, le noni,(plus facile à rentabiliser) avait poussé les marquisiens à délaisser le coprah. Ils ont alors acheté des voitures à crédit, fait des dépenses importantes et maintenant que le noni ne fait plus recette, le coprah a retrouvé ses lettres de noblesse.



On transporte plusieurs centaines de kilos dans cette pirogue à balancier


Le monoï, produit de base de la beauté polynésienne n'est pas très connu de par le monde alors qu'il est un atout très efficace dans la séduction. On trouve des produits en parfumerie, qui ne graissent pas après séchage et qui font leur effet autant pour la douceur de l'épiderme que pour sa finesse. Aux marquises, la récolte se fait en laissant des amandes de coco au soleil. L'huile suinte et les femmes la récolte avec une cuiller fabriquée en feuilles végétales. Toute la famille utilise le monoï pour la peau et les cheveux.



produits du commerce; monoï de l'île à droite avec une fleur de tiaré


Alors même si vous vivez loin des Marquises, mesdames, utilisez ce produit miracle qui fera de vous «  la femme fatale ».


 

Hakaui, une priorité aux Marquises (Nuku Hiva)

Lundi, octobre 27th, 2008


Pour visiter les marquises, on peut utiliser les services d'un guide ou suivre une visite organisée comme c'est le cas avec l’Aranui. Étant amateur d'authenticité, je préfère bénéficier de mes nombreuses relations pour découvrir les lieux magiques en allant chez l'habitant.



Deux de mes amis souhaitant visiter la vallée de Hakaui, nous avons pris contact avec des habitants qui offrent un service remarquable au milieu d'un paradis de fleurs. On vient vous chercher en bateau au petit quai de Taiohae et si l'océan est calme, une merveilleuse balade dans un relief volcanique massif vous attend.


En arrivant, on constate tout de suite que le sol est d'une propreté absolue. Les marquisiens sont toujours très attentifs à la qualité de leur terrain et chaque soir on les voit griffer le sol pour ramasser les feuilles mortes et les débris végétaux. On est stupéfait dans la vallée de Hakaui, de trouver le même perfectionnisme alors que les jardins représentent des hectares.



Des quantités de fleurs et de fruits sont organisés un peu partout. C'est un plaisir que d'évoluer au milieu des ananas, des orchidées, des papayers et des cocotiers. On découvre des fruits inconnus et avec l'aide d'un ami local on peut apprendre à les déguster.


Et puis, si l'on n'est pas pressé, on peut dormir dans la vallée et profiter du soir pour aller pêcher les chevrettes qui sont abondantes dans la rivière. L'ambiance est assurée car au milieu des cris des chèvres sauvages, on évolue dans le monde liquide en rencontrant de nombreuses anguilles, énormes, qui viennent passer le long de votre pied en créant une sensation étrange. Pour piquer les chevrettes, on utilise un petit harpon à dix pointes.


La vallée de Hakaui fut très peuplée il y a deux siècles. On trouve de très nombreux pae pae et les falaises qui la bordent sont remplies de grottes funéraires avec des sarcophages. Les légendes et les superstitions sont nombreuses et l’on vous promet la rencontre d'esprits (vehine hae).


En remontant la vallée, on trouve trois ou quatre habitations très rudimentaires, comportant un toit mais rarement de murs. Les gens sont très accueillants, il y a souvent un régime de bananes accroché en attendant le passage des voyageurs. Ici, la plupart du temps, ce sont des voileux qui laissent leur bateau au mouillage dans la baie et visitent la vallée jusqu'à la cascade.




S'il est une destination que je considère comme une priorité aux Marquises, c'est bien cette vallée, incarnation terrestre du paradis.


 

Bateaux militaires et scientifiques

Dimanche, octobre 26th, 2008


Plusieurs bateaux militaires et scientifiques évoluent aux Marquises et dans toute la Polynésie. Ils effectuent des missions de surveillance, font des relevés géographiques et scientifiques et apportent parfois une aide précieuse lorsque les moyens locaux ne permettent pas le transport de populations importantes( festival des Marquises). Ils ont des noms évocateurs (quelques écussons).




 



 



 



Hakahau, Ua Pou en 1949

Samedi, octobre 25th, 2008

Les familles très nombreuses vivent dans des « hae poà » (maisons végétales); il n'y a pas de voitures et la plupart des villages ne sont accessibles que par la mer.

Les rites nouveaux

Vendredi, octobre 24th, 2008


Si vous avez exploré ce blog, vous avez certainement lu l'article sur la tombe mystérieuse de Heato le chef de l’île de Ua Pou.


La succession d'erreurs techniques réalisées, qu'on nous avait prédites,  et le crédit qu'elles donnaient aux superstitions locales, n'ont pas empêché que nous partions interrogatifs. Le reporter me posa une question en plein tournage à laquelle je répondis par une évidence qui maintenant… est moins évidente : « es-tu sûr que c'est bien le chef Heato qui est dans la tombe ? »


Le lendemain, nous avons eu l'occasion d'aller tourner chez un spécialiste en archéologie et histoire marquisienne. Il nous raconta comment l’église avait fait pour  mettre la main sur les îles.


Arrivée autour de 1830, l'église eut beaucoup de difficultés à s'imposer. Il fallut briser les anciennes croyances, provoquer les interdictions, les tabous et montrer que les objets magiques étaient dominés par l'église. Ainsi, on édifia des statues chrétiennes sur des pierres qui avaient servi à des pratiques magiques. Certains chefs marquisiens comme Temoana servirent de médiateurs pour montrer qu'il ne fallait pas avoir peur des tikis et des terrains tabous. L'église imposa l'enfouissement des morts et interdit les anciennes pratiques.



un des livres utilisés pour manipuler les opinions


C'est peut-être là que se trouve l'explication sur la fameuse tombe de Heato. Car, à bien y réfléchir, elle ressemble beaucoup à une tombe chrétienne (mais pas complètement…). Jamais, Heato n'aurait accepté d'être soustrait aux rites traditionnels marquisiens. On se dit que les restes du chef sont certainement dans une grotte de la falaise ou cachés quelque part dans son pae pae. Il faut dire que les anciens prétendent avoir vu des ossements humains dans l’édifice. S'agissait-il du squelette du roi, de restes de victimes ?


Pourtant, un élément important est à noter: le corps ne s'est pas trouvé enfoui dans cette tombe puisqu'elle est creusée dans la roche, comme une grotte à la verticale.Peut-être y a-t-il eu une pirogue mortuaire comme le veut la tradition marquisienne. Et on ne trouve aucune croix…aucune inscription…



Une pratique régulière à cette époque consistait à placer le corps du défunt dans une tombe provisoire, une tombe de transfert, pour abuser l'église avant de respecter les rites traditionnels pour déplacer les restes dans un endroit plus conforme à l'identité marquisienne. Il est donc possible que cette tombe soit dépourvue de cadavre ; elle aurait alors été un leurre pour faire croire que les règles de l'église étaient respectées.



L'église imposa « ses images »


 

Légendes et rivalités

Mercredi, octobre 22nd, 2008


 


C’est une hostilité ancienne entre les gens de l’île Fatuiva et les habitants de la grande vallée de Taipivai, dans l’île Nuku Hiva qui nous est expliquée par le fait que ces peuplades possédaient chacune une anguille géante sacrée, et comment les gastronomes de Fatuiva ont fait leur régal du monstre de Taipivai. C’est la légende de Kuee iti et Kuee nui ( la petite anguille et la grande anguille) : La petite anguille de Fatuiva s’en vient rendre visite à la grande anguille de Taipivai. Celle-ci est une ogresse qui mange les humains, et qui en conséquence est adulée des gens de Taipivai qui lui livrent leurs ennemis. Comme elles s’ébattent ensemble dans la grande vasque au pied de la haute chute d’eau de Taipivai, la grande anguille lâche ses excréments : ceux-ci sentent horriblement mauvais car ils proviennent de cadavres. La petite anguille fait de même, mais une agréable odeur emplit l’air. La grande anguille en est enivrée et demande comment cela se fait. Viens chez moi, dit la petite anguille, là-bas, je ne mange que de bonnes choses : des fruits, des plantes. Tentée, la grande anguille la suit, traverse la mer de Nuku Hiva à Fatuiva, et s’engage dans la rivière menant au gîte de la petite anguille. Mais il y a un passage resserré où le corps de la grosse anguille se coince. La population de l’île, effrayée par l’arrivée du monstre, se précipite, le tue, puis le mange. Steinen rapporte qu’à la fin du siècle dernier, il ne faisait pas bon pour les gens de Fatuiva de s’arrêter dans la baie de Taipivai : ses habitants estimant avoir encore un solde de vengeance à leur régler1.



Merci 


Teuruarii Tamatoa Teikiheetaioa CANDELOT

Aranui, la goélette nourricière

Mardi, octobre 21st, 2008


On a jeté l'ancre et deux barges vont débarquer les câbles d'arrimage



En plus de son parfum, le tiaré est un symbole aux Marquises



Après trois jours de navigation depuis Tahiti, ils vont poser le pied aux Marquises.



Deux mondes qui se rencontrent…


Faire un film sur l'insularité et plus particulièrement aux marquises, c'est obligatoirement montrer le rôle essentiel de la célèbre goélette :ARANUI


Nos deux reporters se sont donc installés sur le quai pour accueillir, caméra au poing, les touristes venus de loin. Comme de coutume, des femmes avaient préparé des noix de coco remplies de fleurs de tiaré. Donner une fleur à chacun des touristes c’est l'accueillir sur l'île, surtout lorsque que l'une des femmes chante en même temps le mave mai (cri de bienvenue)


Nos sculpteurs et artisans font des progrès et viennent maintenant à la rencontre des touristes. Sous les deux « hae poa » (maisons en cocotier), ils ont installé une multitude d'objets à vendre. Les échos sont très positifs, la vente marche bien. Il faut dire qu'en Polynésie, alors que tout le monde se plaint du nombre insuffisant de touristes, peu de choses sont réalisées pour animer le séjour des visiteurs qui souhaitent acheter des souvenirs.



Il n'y a pas si longtemps, un gros bateau de croisière est arrivé à Tahiti un dimanche après-midi. Les touristes ont trouvé portes closes devant tous les magasins car le dimanche c'est le jour du repos. Un seul magasin était ouvert et il vendait des objets qui n'avaient rien à voir avec le pays. Cet exemple n'est pas exceptionnel, on sait que le pays à un fort potentiel touristique mais qu’il manque réellement le tonus du « vrai marchand de rêve ».



Pour le plus grand plaisir des touristes; quelques minutes avant leur arrivée…



Du beau travail…typiquement « Ua Pou »