Archive for septembre, 2008

Banalités marquisiennes

Lundi, septembre 29th, 2008


Ce descendant de « Heato le sanguinaire » est un ami avec lequel on partage très souvent l'humour. Lui, qui se montre respectueux et craintif en face du souvenir de son illustre ancêtre, affronte parfois les dangers de la vie marquisienne avec la légèreté des gens d'ici. J'ai souvent l'occasion de pratiquer la pêche sur l'océan avec lui, nous partons dans un petit bateau qu’il pilote, pêcher le long des motus à la tombée de la nuit. Après plusieurs séances de pêche, appréciant le plaisir, tout en mesurant les risques qu'il prenait au milieu des vagues et des récifs, je lui demandais : « j'aimerais bien passer le permis bateau afin de pouvoir comme toi partir librement dans ces endroits ; si une session a lieu cette année je crois que je vais m'inscrire… ». A mon grand étonnement il me répondit : « eh bien, si tu le passes, je le passerai aussi ! ». Est-il indispensable de préciser qu'aucun gilet de sauvetage ne figurait sur le bateau et que les fusées de détresse n'avaient jamais posé le pied sur l'embarcation. Une autre fois, alors que la nuit tombait, je lui demandais s'il avait une lampe à bord afin d'éviter au retour, les récifs dans cet endroit très agité ; il me répondit : « ce soir il y a de la Lune, pas besoin de lampe »… Avait-il envisagé que des nuages pouvaient masquer l'éclairage salutaire ?


Mais quand on est un descendant de Heato… On est protégé par les vehine hae (femmes transparentes)… ! « gémir n'est pas de mise aux Marquises! » BREL



Objet aussi courant aux Marquises que la baguette de pain en France…



Une armée de pierre protégeant l'entrée du hae



Dès que la classe est finie, les enfants (les adultes aussi) vont dans la brousse avec leur champion; un fil à la patte permet de récupérer le coq après sa victoire sur le rival débusqué. en cas de défaite…le déchu peut finir avec des choux…

Enregistrement des chants marquisiens

Dimanche, septembre 28th, 2008

Mario et Kitohé; le premier dormait sur une natte entre ses interventions…ménageant donc sa monture, il se montrait particulièrement efficace au Yukulélé et au pahu

Quelques photos pour montrer les conditions dans lesquelles ont été enregistrés certains des chants mis à votre disposition sur le blog (ati enana, tamaheko, tau eo etc…)

Avec un ami, nous avions remarqué l'impossibilité de trouver ces chants traditionnels sur CD; nous avons donc mobilisé des marquisiens de toutes les vallées de Ua Pou et nous avons (avec des moyens de fortune) enregistré ces morceaux.

Ben et Kitohé enregistrant « Tamahékohéko »(l'initiatrice sexuelle de Hakaotu) au pied levé; des comiques très doués…

Loin de la foule, les Marquises

Vendredi, septembre 26th, 2008

Du parvis de l'église de Haakuti à Ua Pou, une rue qui plonge vers l'océan…San Francisco marquisien

Le monde du silence

Les Marquises sont des îles jeunes et il n'y a donc pas de lagon…sauf celui-là (Anaho)

Un festival des Marquises « ouvert »

Jeudi, septembre 25th, 2008


Groupe de danse de Castres




La culture se partage…



« moai » de l'île de Pâques réalisé à Ua Pou



Quand la danse  est au service de l'amitié, de la rencontre des peuples, de la tolérance, de l'ouverture d'esprit et de l'entraide, elle devient un outil essentiel pour lutter contre les maux d'une société qui a du mal à créer l'harmonie dans la différence  entre les cultures, les religions, les races et les systèmes politiques.



Sur le flanc du moai, « Makemake », la princesse marquisienne devenue « homme-oiseau »


À l'occasion du festival des marquises, nous avons pu apprécier les prestations traditionnelles de nos danseurs marquisiens ; nous avons aussi eu la chance de voir qu'un créneau avait été ménagé pour que d'autres cultures, d'autres jeunes et moins jeunes viennent partager la qualité de leur art, leur humour et leur gentillesse.



Ils furent  nombreux, venus de Hawaï, de l’île de Pâques, de France, de Moorea, des « Tuamotu » et des Australes, à avoir produit un segment de ce qui les fait vibrer.



Les chants et le charme de Hawaï


Les « RapaNui » de l’Île de Pâques et les danseurs de Castres sont des récidivistes puisque c'est déjà la deuxième fois qu'ils viennent au festival des marquises.


RapaNui, le groupe des danseurs «  couleur de terre » , marquisiens d'origine, a séduit par les images et les mouvements de ses prestations.



Castres, un groupe de jeunes Français, qui a été capable de réaliser de « vrais hakas » et pour cela a dû  étudier et reproduire la danse des guerriers. Il faut savoir que pour venir à Ua Pou , ces jeunes ont trouvé les moyens de réaliser le «  long voyage ». On a apprécié la participation spontanée de plusieurs danseurs marquisiens qui, se mêlant au groupe de Castres, ont montré que l'amitié n'était pas un vain mot ici : merci Moana, Yannick et les autres. «  Une vraie leçon d'accueil et d'ouverture d'esprit pour tout le monde ».



Avant de partir, comme il est d'usage, les groupes ont donné des éléments permettant la réalisation de sculptures qui laisseront une trace de leur passage pour les générations futures.


Au détour d'un cocotier

Mercredi, septembre 24th, 2008


« Tuhuka Toti »; il est le  Larousse de la langue marquisienne. Président de l'Académie des Marquises, cet intellectuel fait régulièrement naître de nouveaux mots afin que les objets de la vie moderne trouvent des noms. Auteur de nombreux chants traditionnels, il assure avec autorité le respect des règles de la culture marquisienne.



« Tuhuka Ben » est un autre pilier de la culture marquisienne. Il vient de mener au succès, avec l'aide de quelques amis, un festival des Marquises remarquable.



Ces amis vivent au paradis: la vallée de Hakaui



La bonne humeur



 



Maraîcher marquisien : Rasta

Mardi, septembre 23rd, 2008


Rasta est un maraîcher de la brousse. Son immense jardin (faa pù) est situé dans le haut de la vallée de Hakamoui. Il a tout d'abord débroussé un terrain envahi d'acacias. Le travail s'est fait à la main, il a fallu déraciner et brûler… un travail interminable ! Mais on est tout de suite frappé par la qualité de la terre : légère et bien noire.




Ce qui frappe quand on arrive dans son faa pù, c'est l'absence des outils habituels du jardinier : pas de pelle, pas de bêche, pas de râteau. Le seul outil c’est la barre à mine, pointue d'un côté et plate de l'autre pour retourner la terre. Aucun engin motorisé n'est utilisé. On fait avec les moyens locaux ; le courage étant l'outil principal. L'eau est captée dans la vallée voisine, un robinet perceur ayant été installé sur une conduite en amont, les salades sont en bonne santé.



Rasta me signale que son père a nourri sa famille de la même façon et il y avait 14 enfants !


Ici, il ne faut pas compter les heures et ne pas se décourager car les poules et les coqs sauvages sont nombreux et détruisent bon nombre de concombres, tomates et autres légumes. Bien sûr il y a le piège à noix de coco qui normalement se referme sur les volatiles mais ceux-ci ont appris à le déjouer et notre jardinier est désolé de voir régulièrement son travail altéré.



On trouve toutes sortes de légumes, de la salade aux tomates en passant par les concombres, choux et les incroyables « radis »… car c'est bien la première fois que je vois ces légumes aux Marquises. Mais là aussi j'ai été abasourdi en voyant qu’ils  étaient semés dans des caisses puis repiqués… Une pratique tout à fait originale quand on sait que ces légumes poussent facilement en pleine terre ; mais ici, il y a les « moa » ! (coqs)



Rasta est un marquisien de la nouvelle génération ; champion de pirogue, il rejoint son faa pù avec une moto de trial, le walkman sur les oreilles, les lunettes de soleil dernier cri… et une joie de vivre qui met  de bonne humeur.




En remontant vers la piste, nous passons à côté de son « hae » (maison) ; on va plutôt dire son toit. Ici, le ciment coûte très cher car il faut le faire venir par la goélette. Alors les constructions avancent à petits pas. Mais avec un peu d'imagination, on entend l'eau couler dans la future salle de bain, on imagine ce que sera la cuisine et la chambre à coucher, car aux marquises, les rêves sont les amis quotidiens des individus et même si les mots n'ont pas toujours le pouvoir de bien expliquer les projets, les gestes les remplacent efficacement.



 

Des cadavres sur un lit de galets

Lundi, septembre 22nd, 2008

 



Un baliste noir, poisson apprécié mais souvent toxique(dans les coraux)



Les oursins crayons…délicieux!



Des restes de murex (pù en marquisien), coquillages magnifiques mais si bons qu'ils en perdent la vie…Rassurez-vous, ils sont nombreux et difficiles à pêcher (20m en plongée sans bouteille …bien sûr!)



Du corail; on dit qu'il pourrait servir à fabriquer des prothèses osseuses …à suivre



Le suicide des dauphins;  nous avons assisté à la mort de quatre d'entre eux ce soir-là sur la plage de Hakamoui; on peut certifier: il n'y a rien à faire…(une maladie? …); le spectacle est bien triste!



Mortes de…gourmandise …les couleurs!!

BREL, 30 ans déjà

Samedi, septembre 20th, 2008

Brel nous a quitté il y a trente ans. Un vendredi matin, Soeur Rose, une de ses amies le trouve dans le petit hôpital de Hiva Oa; il a eu des soucis de santé dans la nuit (Brel lutte contre le cancer depuis longtemps déjà). Lui, qui distribue le courrier de l'île de Ua Pou chaque vendredi, affirme à son amie qu'il va prendre la direction de l'île et effectuer son service. Plus tard, Soeur Rose apprend qu'il a été évacué sur Papeete puis sur Paris…elle ne le reverra plus…

Soeur Rose, avec qui il entretenait une correspondance régulière

Brel se posait à Ua Pou toutes les semaines; un exercice périlleux.

Avec Madly

Dans le haut de Atuona, sur l'île de Hiva Oa, la maison de Brel et Madly

Brel a laissé une chanson qui a marqué les îles.  "Les Marquises" a été écrite en une heure seulement,  mais Madly précise que depuis longtemps Brel avait observé les marquisiens avec beaucoup d'attention et que sa chanson était déjà construite dans ses pensées.

Haka à Ua Pou

Samedi, septembre 20th, 2008


Le haka, c'est une danse d'intimidation, c'est une prière, c'est aussi parfois la reconstitution de l'histoire d'un héros. On sent très bien qu’il est un support dans lequel les individus peuvent projeter leur agressivité de façon pacifique.


C'est un acte qui est pris très au sérieux par les danseurs, les spectateurs et les gens de la tribu concernée (ici, la tribu des « Naiki »). L'image de marque est très dépendante de la qualité du spectacle.


Un bon danseur de haka bénéficie d'une notoriété réelle dans la société ; il en est de même pour un batteur de pahu. Les danseurs prononcent des mots issus de l'histoire de leur tribu prenant des voix menaçantes et des regards incisifs souvent tournés vers le ciel. Le cri du cochon, animal vénéré, est toujours présent et la règle veut qu'il soit émis par des contractions du ventre. Le danseur en transe semble détaché de la réalité et son visage montre qu'il est dans la légende.

 

 

Plusieurs sortes de sculptures

Jeudi, septembre 18th, 2008


La pierre fleurie est un matériau noble et rare, puisqu'il n'existe qu'à Ua Pou et dans un gisement unique en Asie (sous cette forme).


Sa dureté rend le travail délicat mais le résultat est souvent un objet magnifique que l'on a envie de caresser…Ici, il a été transformé en trophée pour récompenser une équipe de football; l'art est présent jusque dans le sport local. C'est à l'image de la place que le sport occupe dans cette île où il n'y a ni bar ni cinéma; la jeunesse se retrouve sur les différents terrains de foot, voley-ball et handball… »une situation à méditer !!! »



 



 



Toutes les « essences de pierre » sont sculptées, avec des messages qui montrent souvent que « l'homme d'ici » descend des grands voyageurs de l'Océan Pacifique.



Jusque dans l'atelier de Téa où les « dents de la mer » montrent qu'elles ont payé un certain tribu à la culture marquisienne. Les requins, actuellement protégés (à juste raison) , sont si nombreux ici, qu'ils ne risquent pas l'extinction dans cette réserve naturelle et comme le prélèvement se fait en pirogue à raison de quelques individus dans l'année…on ne pourra pas comparer cet élément de culture avec la pêche industrielle pour les ailerons et ses pratiques détestables…


 


L'atelier du sculpteur.



Les sculpteurs de Ua Pou mettent souvent leur talent au service de la communauté. C'est ainsi que tous les lieux publics sont annoncés par des panneaux sculptés. Ici, le sculpteur réalise une porte pour la mairie de Hakahau.



Des colonnes sont en cours de fabrication pour un « hae poa »; un casse-tête est ébauché.



Dégrossissage des cocotiers



Les objets en pierre sont nombreux et de plus en plus originaux.