
« ae mau »… ça ne marche pas!
Ce samedi, je suis parti avec mon ami Toti,un marquisien de Ua Pou, descendant de l'ancien chef de l'île : Heato. Nous avions pour but une visite de la tombe du chef sanguinaire. Celle-ci se trouve à mi-hauteur d'une grande colline qui surplombe la magnifique baie de Hakamoui. A la pointe de cette colline, on a construit un pae pae qui était réservé aux guetteurs.


Nous avons donc pris un chemin qui serpente entre les acacias, les cabanes des squatters et les anciens pae pae. Afin de simplifier les rapports, nous avons un peu discuté avec les habitants illicites…. Leurs habitations sont constituées de simples tôles supportées par des poteaux en bois. Une couche rudimentaire est installée sur le sol. Ils cultivent des ananas, des bananes et autres plantes locales ; ils élèvent des chèvres.

Après avoir réglé ces préliminaires, nous nous dirigeons vers la tombe ; la pente est forte, le sol glisse et les acacias sont nombreux. Nous arrivons enfin près du pae pae mortuaire et là Toti me précise : « quand j'étais jeune, nous venions chasser le cochon et la chèvre et il était de circonstances de respecter le silence des lieux, de respecter Heato… ». L'ancien chef a manifestement laissé une grande crainte parmi les habitants de la vallée et notamment ses descendants. « Tu sais, il a bouffé beaucoup de monde ici ; quand on revenait de la pêche, on laissait toujours un poisson sur les pierres de son pae pae et chaque fois, celui-ci avait disparu lorsque nous vous repassions ensuite »

Le pae pae funéraire
Mon ami est manifestement très ému à l'approche du lieu funéraire. Au centre du pae pae funéraire, on aperçoit la dalle centrale qui recouvrait le corps ; elle a basculé et on peut facilement distinguer l'intérieur de la tombe. Une dalle verticale semblable à celle qui présente l'épitaphe sur une tombe ordinaire est restée en place ; aucune inscription bien sûre puisque l'écriture n'existait pas…Heato est mort en 1845. Deux dalles latérales qui étaient appuyées pour former un chapiteau sont toujours là. On est frappé par l’usinage fin des dalles qui s’encastrent très bien ; on est pourtant à l'époque de la pierre polie, il n'y a pas d'outils en métal.


J'en profite pour faire de nombreuses photos et je m'approche du trou béant qui permet d'observer l'intérieur. Toti me fait remarquer : « ce n'est pas du remblai, la tombe est creusée dans la roche, elle s'agrandit dans le fond par rapport au trou de surface ». Il me vient donc l'envie de prendre en photo l'intérieur de la tombe. Je prends une,deux, trois photos puis m’approche et là…, je constate que mon appareil est bloqué : simple problème technique certainement. Je recule un peu et vérifie que mon appareil fonctionne à nouveau. Stupeur ! Je connais les croyances locales et en bon provocateur les ai déjà transgressées bon nombre de fois avec succès. Je recommence l'opération : nouveau blocage dès que je m'approche de la dalle. Je recommence une dizaine de fois avec le même résultat : l'appareil fonctionne en dehors de la dalle et se bloque dès que l'on entre dans la tombe.
Je reste cartésien, il n'est pas question d'adhérer à des superstitions pareilles ; je suis tout de même très intrigué et déstabilisé. Quant à mon ami, il manifeste clairement des regrets quant à notre venue en cet endroit redoutant peut-être une suite à problèmes.

Nous redescendons ; je suis très intrigué et Toti, lui, manifeste ses certitudes… De retour au village, nous rencontrons son fils à qui nous racontons les péripéties. Il interroge immédiatement son père : « est-ce que tu as fait les incantations dans la brousse avant d'arriver à la tombe ?
-non, répond Toti
-mais pourquoi n'as-tu pas fait les incantations ?… »

Ce matin, j'ai rencontré Heato, le fils de Toti qui porte le nom du terrible ancêtre et il m'a précisé: »tu sais que tu es le seul haoe (blanc) a être allé là-bas… »




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