Archive for août, 2008

Le mystère de la tombe du chef : « ae mau »

Samedi, août 30th, 2008


« ae mau »… ça ne marche pas!


Ce samedi, je suis parti avec mon ami Toti,un  marquisien de Ua Pou, descendant de l'ancien chef de l'île : Heato. Nous avions pour but une visite de la tombe du chef sanguinaire. Celle-ci se trouve à mi-hauteur d'une grande colline qui surplombe la magnifique baie de Hakamoui. A la pointe de cette colline, on a construit un pae pae qui était réservé aux guetteurs.




Nous avons donc pris un chemin qui serpente entre les acacias, les cabanes des squatters et les anciens pae pae. Afin de simplifier les rapports, nous avons un peu discuté avec les habitants illicites…. Leurs habitations sont constituées de simples tôles supportées par des poteaux en bois. Une couche rudimentaire est installée sur le sol. Ils cultivent des ananas, des bananes et autres plantes locales ; ils élèvent des chèvres.



Après avoir réglé ces préliminaires, nous nous dirigeons vers la tombe ; la pente est forte, le sol glisse et les acacias sont nombreux. Nous arrivons enfin près du pae pae mortuaire et là Toti me précise : « quand j'étais jeune, nous venions chasser le cochon et la chèvre et il était de circonstances de respecter le silence des lieux, de respecter Heato… ». L'ancien chef a manifestement laissé une grande crainte parmi les habitants de la vallée et notamment ses descendants. « Tu sais, il a bouffé beaucoup de monde ici ; quand on revenait de la pêche, on laissait toujours un poisson sur les pierres de son pae pae et chaque fois, celui-ci avait disparu lorsque nous vous repassions ensuite »



Le pae pae funéraire


Mon ami est manifestement très ému à l'approche du lieu funéraire. Au centre du pae pae funéraire, on aperçoit la dalle centrale qui recouvrait le corps ; elle a basculé et on peut facilement distinguer l'intérieur de la tombe. Une dalle verticale semblable à celle qui présente l'épitaphe sur une tombe ordinaire est restée en place ; aucune inscription bien sûre puisque l'écriture n'existait pas…Heato est mort en 1845. Deux dalles latérales qui étaient appuyées pour former un chapiteau sont toujours là. On est frappé par l’usinage fin  des dalles qui s’encastrent très bien ; on est pourtant à l'époque de la pierre polie, il n'y a pas d'outils en métal.




J'en profite pour faire de nombreuses photos et je m'approche du trou béant qui permet d'observer l'intérieur. Toti me fait remarquer : « ce n'est pas du remblai, la tombe est  creusée dans la roche, elle s'agrandit dans le fond par rapport au trou de surface ». Il me vient donc l'envie de prendre en photo l'intérieur de la tombe. Je prends une,deux, trois photos puis m’approche et là…, je constate que mon appareil est bloqué : simple problème technique certainement. Je recule un peu et vérifie  que mon appareil fonctionne à nouveau. Stupeur ! Je connais les croyances locales et en bon provocateur les ai déjà transgressées bon nombre de fois avec succès. Je recommence l'opération : nouveau blocage dès que je m'approche de la dalle. Je recommence une dizaine de fois avec le même résultat : l'appareil fonctionne en dehors de la dalle et se bloque dès que l'on entre dans la tombe.


Je reste cartésien, il n'est pas question d'adhérer à des superstitions pareilles ; je suis tout de même très intrigué et déstabilisé. Quant à mon ami, il manifeste clairement des regrets quant à notre venue en cet endroit redoutant peut-être une suite à problèmes.



Nous redescendons ; je suis très intrigué et Toti, lui, manifeste ses certitudes… De retour au village, nous rencontrons son fils à qui nous racontons les péripéties. Il interroge immédiatement son père : « est-ce que tu as fait les incantations dans la brousse avant d'arriver à la tombe ?


-non, répond Toti


-mais pourquoi n'as-tu pas fait les incantations ?… »



Ce matin, j'ai rencontré Heato, le fils de Toti qui porte le nom du terrible ancêtre et il m'a précisé: »tu sais que tu es le seul haoe (blanc) a être allé là-bas… »


 

Ua Pou

Vendredi, août 29th, 2008

Le "upe" de Hakahau accueille régulièrement les touristes de L'Aranui (un cargot-mixte). Les visiteurs assistent à un spectacle marquisien ; ils peuvent aussi voir une construction traditionnelle (quand elle a résisté au temps, aux termites et au feu…); au premier plan , un panneau d'affichage sculpté (il y en a beaucoup aux Marquises.

Le bord de mer à Ua pou

Dans le fond de chaque vallée, stationnent des pirogues à balancier. On pêche les poissons, les coquillages et les oursins (juste ce qu'il faut pour le repas, pas de congélateur…!) Gare à l'ignorant qui ne connaît pas les espèces toxiques…ça ne pardonne pas! tout se mange cru bien sûr!

Femmes marquisiennes

Jeudi, août 28th, 2008


Les femmes marquisiennes ont du tempérament. Claire est amatrice de fleurs et nacres; elle est la femme qui représente le « mave mai » (bienvenue) aux Marquises; une voix qui part très haut et qui descend progressivement dans un écho qui meurt…


*


La pêche n'est pas une occupation masculine, bien au contraire, les femmes montrent une vraie passion pour elle. Il n'est pas rare de voir une femme partir pêcher les rougets en pleine nuit.

Sculpteurs à Hakahetau

Mercredi, août 27th, 2008

Après une grande virée en brousse, on est reçu chez un sculpteur pour un kaikai enana de grande qualité. On en profite pour voir les "bébés" de l'artiste.

Un bric-à-brac magnifique

L'arbre à pain

Mardi, août 26th, 2008


Le mei (marquisien); l'uru (tahitien) ou maiore est le fruit de l'arbre à pain, base de l'alimentation aux Marquises. D'un goût voisin de celui de la pomme de terre (en plus fin), il permet la fabrication de frites et purée . Ecrasé au pilon après une cuisson sur la braise et mélangé avec du lait de coco il devient l'excellent et très riche kaaku. Il se garde plusieurs mois fermenté; il est alors mélangé avec du mey frais et devient le popoï qui accompagne le poisson cru. Il a longtemps assuré la subsistance d'une population qui manquait parfois de nourriture. Il est toujours très apprécié et présent à chaque table le dimanche.



Il y a une cinquantaine de variétés de mei aux Marquises.

Terre déserte

Lundi, août 25th, 2008


Les chevaux sont très nombreux aux Marquises. Ils vivent en liberté et ne sont que très rarement utilisés pour l'alimentation. Ceux qui sont dressés servent au transport des gens et du coprah. Ils sont originaires d'Amérique du sud.



Une baie sauvage à proximité de terre déserte; calme et solitude…



Quelques habitations dans une baie de Nuku Hiva; les bagues sur les troncs des cocotiers sont utiles pour empêcher les rats de monter vers les noix.

Le haka des cailloux

Samedi, août 23rd, 2008


Le kaioi qui danse le haka cherche à intimider l'adversaire, il mime sa mise à mort, l'acte d'amour ou la force incarnée par le cochon. Pendant le haka, il s'adresse à Tanaoa, son dieu et montre les gestes mâles du guerrier. Le caillou est un des accessoires mettant en service son adresse et sa force.



L'église de Taiohae

Samedi, août 23rd, 2008


L'église de Taiohae, porte d'entrée.



La cour de l'église



L'intérieur de l'église de Taiohae


Pakoko vu par Papa Kuku

Vendredi, août 22nd, 2008

 


Tous les pays, tous les peuples vénèrent des héros. Actuellement, aux Marquises Pakoko a l'image d'un chef courageux qui s'est opposé au colonialisme (19e siècle); il a été condamné hâtivement et exécuté par l'armée française pour avoir fait tuer des soldats français par ses hommes. Tout le monde est d'accord sur la triste fin de son histoire: il se serait livré à l'armée qui détenait des otages puis aurait demandé à ne pas avoir les yeux bandés pendant son exécution(il a été fusillé). Les avis sont partagés sur les raisons qui l'auraient poussé à tuer des soldats français: certains parlent de provocations dans la baie, d'autres du viol des filles de Pakoko par des soldats. Il est impossible d'avoir des certitudes tant les raisons de mentir et de manipuler étaient grandes à l'époque. Actuellement, alors que l'identité marquisienne s'affirme, Pakoko revient dans la légende. La légende en fait un héros…comme Jeanne D'arc, Vercingétorix ou Napoléon….


Papa Kuku, homme de coeur et de conviction, dont l'épouse était de la famille de Pakoko, nous a conduit sur les lieux de son exécution. Il nous affirma: »l'armée française a déconné!… » A une cinquantaine de mètres de la pierre où Pakoko reçut dix balles mortelles, se trouve l'endroit où il fut enterré immédiatement. La nuit qui suivit, trois de ses neveux récupérèrent le corps et allèrent l'ensevelir dans les hauteurs de l'île, dans sa vallée. Papa Kuku, comme tous les marquisiens se demande où Pakoko repose actuellement. « Là-bas, il y a beaucoup de pae pae, il est dans l'un d'eux, mais les pierres sont recouvertes de poussière; j'ai beaucoup chassé sur ces terres, j'ai cherché et n'ai jamais trouvé. Je suis sûr que personne dans la famille ne sait où il est. Les neveux n'ont jamais parlé, d'ailleurs, mon beau père se montrait muet chaque fois que nous posions des questions. Il ne faut pas offenser les tikis… »



C'est contre cette pierre que Pakoko a été exécuté.



Le corps de Pakoko resta une nuit en terre à l'emplacement de ce hangar avant que ses neveux viennent le chercher.


Merci à Papa Kuku pour tous ces renseignements.


 


Pour avoir le récit de l'armée française de l'époque :http://tahitinui.blog.lemonde.fr/2008/06/18/la-mort-de-pakoko/

Georges Decaunes et Papa Kuku

Jeudi, août 21st, 2008


Papa Kuku, c'est un personnage, une mémoire vivante que nous avons eu l'occasion de rencontrer cette semaine à Nuku Hiva. Il fut choisi pour accompagner Georges Decaunes, le journaliste français, dans son expérience de vie « en solitaire sur une île inhabitée » . L'île en question était Eiao dans l'archipel des Marquises. Kuku resta 5 mois avec Decaunes qui lui en passa 7 sur le motu.


Marquisien de naissance, Kuku connaissait tous les éléments indispensables pour survivre là-bas, de la pêche à la chasse et à la cueillette. Il ne craignait pas les « vehine hae » nombreuses (dit-on) sur cette île . Il fut étonné de voir débarquer un matériel important : trois postes de radio, deux carabines, des aliments conditionnés  etc… par un bateau militaire, mais constata à la fin de son séjour la déprime importante qui affectait Georges Decaunes. Le journaliste termina très affaibli et dut même être hospitalisé. Pendant son séjour, il tuait parfois un mouton mais ne savait pas conserver la viande et jetait presque tout… La vie de Robinson demande des connaissances particulières.


« Decaunes est rentré en France; il m'a appelé peu de temps avant sa mort » nous précise Kuku et « j'aimerais rencontrer son fils… »


Kuku, c'est aussi un sculpteur et le terrain qui entoure sa maison (surmontée par le drapeau bleu de l'indépendance), comprend une collection de grands tikis.





Papa Kuku, c'est un sculpteur « à l'ancienne » : pas d'outils électriques…il travaille à la hache et au piolet. Il montre un attachement émouvant pour ses enfants-tikis. Sa gentillesse est immense. Lors du dernier passage du président de la Polynésie à Nuku Hiva, celui-ci fit stopper la vingtaines de voitures officielles devant chez Kuku pour aller bavarder un peu avec son ami.



Ce sourire, c'est à l'image de tout ce qui rend heureux aux Marquises…