Archive for the ‘sépultures et tribalisme’ Category

Réflexions d'outre-tombe

Dimanche, mars 29th, 2009

La boîte...


Dans beaucoup de religions, après la mort vient une nouvelle existence faite de joies ou de remords. La récompense ou la punition …un destin décidé unilatéralement par un Dieu autoritaire, vengeur ou infantilisant.


 Ou alors, une perspective proposée à chacun pour le rendre plus docile, pour lui faire accepter les injustices de la vie…etc…


Personne n'étant jamais revenu pour raconter « la suite », les « prometteurs » utilisent  l'argument indiscutable de la « foi » pour convaincre les « écoutants perméables » et maintenir leurs effectifs qui auraient tendance à diminuer lorsque la science apporte quelques explications « aux mystères… »


Les anciens marquisiens n'étaient pas manipulés par les mêmes « promesses naïves » puisqu'ils savaient que l'au-delà allait leur apporter les mêmes injustices que la vie terrestre. En effets, le « paradis marquisien » était constitué de trois étages et si les « taua » allaient dans la sphère luxueuse des chefs, l'humain de base partait pour l'éternité dans un « espace humide rempli de vermine »


chef marquisien


Il y avait beaucoup de cruauté dans la société tribale. La fête était permanente, mais il fallait être dans le bon registre social. Ainsi, les handicapés qui étaient promis au sacrifice subissaient de nombreuses agressions…pour les « habituer à leur destin inévitable »


soleil marquisien


On peut penser que cette vision terrible de l'au-delà explique la crainte réelle que les vivants avaient de leurs proches devenus « vehine ae » (fantômes) car ces vallées où les ancêtres évoluaient en criant la nuit…auraient dû être des lieux de retrouvailles…


Les vivants avaient tellement peur de ces esprits qu'ils les flattaient avec des offrandes et évitaient surtout de les vexer.


Deux personnages célèbres « reposent » aux Marquises; tous les deux pensaient que rien n'existe après la mort…


souvenir


homme de cire

Le culte de la mort aux Marquises

Lundi, novembre 10th, 2008

Le culte de la mort commençait par le « koïka vaimata » (la fête des pleurs) qui devait réjouir le défunt et le ramener à la vie pour le temps de la fête. Les proches du défunt se comportaient avec le corps comme s'il avait été en vie : les femmes par exemple, mimaient les gestes de l'amour. Lorsque le défunt était un chef, plusieurs personnes étaient sacrifiées au moment de sa mort.



 


De toute façon, la qualité du culte était très importante pour éviter que le défunt ne devienne un fantôme (vehine hae) qui reviendrait  importuner les vivants par la suite.


Une mesure particulière était prise avec les grands prêtres qui devaient absolument mourir sur les pavés sacrés où on les portait avant la mort dans une case particulière très ornée : « le hae vaka » (maison-pirogue).



Avant d'être entreposé dans le « hae tupapa’u » (maison du mort, où le corps devait se décomposer, celui-ci était entouré d'écorces d'arbres. Dans un premier temps, le corps subissait une momification.



Tête momifiée



Objets du chef, dont un sceptre aux cheveux frisés (humains)


Pendant une longue période, on apportait de la nourriture au défunt. Lorsque le « hae tupapa’u » tombait en ruines, les restes du défunt étaient emportés dans une grotte difficile d'accès. On déposait surtout les crânes dans une pirogue particulière, le reste du corps était souvent utilisé pour constituer des objets et des outils porteurs de la magie du défunt.



« Hae tupapa'u » (la maison du mort, résidence qui précède la mise en grotte)



Grotte inaccessible dans une falaise de Hakaui à Nuku Hiva; la pirogue que l'on voit renferme plusieurs crânes.

Rites mortuaires aux Marquises

Mercredi, juillet 2nd, 2008

A l'annonce de la mort d'une personne importante, tous les parents et amis (souvent toute la vallée) accouraient. Les femmes criaient, pleuraient et hurlaient (parfois des pleureuses professionnelles). Elles étendaient leurs bras comme pour voler, se tiraient les cheveux, se frappaient la tête, se mettaient parfois nues. Elles se faisaient des incisions sur les joues, sur les seins et sur les cuisses avec des dents de requin ou d'autres objets tranchants. Une des femmes dansait le « HAKA TOè HEVA ». Elle mimait l'amour sur le mort avant que son âme s'en aille. Cette cérémonie pouvait durer trois jours, accompagnée d'un chant « HAKEIKEI » (ce qui signifie chant avec de grands cris). C'était le chant à l'usage des femmes pour pleurer les morts. Ensuite, on lavait le cadavre, il fallait l'oindre d'huile, de pani (huile de coco), puis il était paré de ses richesses terrestres, d'ornements multiples et déposé dans une pirogue préparée à cet effet. Des parents et amis couvraient le corps de « Tapa » et l'on continuait les lamentations et les repas. (le tapa est une sorte de tissu obtenu en tapant des écorces d'arbres) Cette première fête des pleurs ou fête des larmes était le « KOIKA VAIMATA ». Les morts ordinaires étaient portés dans des antres d'accès très difficile. Ils étaient couchés dans des pirogues pour rappeler le grand voyage sur l'Océan de Hiva (Océan Pacifique). Mais avant, le corps était massé avec de l'huile pendant des jours et même des mois pour en extraire les viscères par les voies naturelles et  faciliter sa dessiccation. Il était enveloppé dans un tapa et déposé dans la pirogue ou suspendu au faîtage de la case. Du squelette, on utilisait parfois: -les vertèbres pour faire des  »IVI POO » (tubes sculptés pour fixer des mèches de cheveux)  le tibia pour fabriquer des hameçons qui portaient chance grâce au « mana » des ancêtres. (le mana c'est la magie) Les crânes des grands prêtres et de leurs serviteurs étaient enveloppés dans des tapas rouges pour les premiers et jaunes pour les seconds. (on en a trouvé dans les grottes funéraires de Hanahouira à Ua Uka)

 

La Permission

Jeudi, juin 5th, 2008


Kautai m'a conduit là respectueusement. Quelques mots  vont prévenir le  tupapaku dissimulé entre les rochers et demander son accord pour me faire découvrir ce témoin de l'histoire. Le mystère restera entier. Le chant des pahus résonne sur le site, la dame ne danse plus le hakamanu.

Site funéraire à Hakaui

Mercredi, mai 14th, 2008

Sur cette photo prise au téléobjectif (à environ 500m), on voit bien le cercueil à droite de la grotte ; un autre à gauche en haut, avec des objets funéraires; tout à droite, 3 crânes dans une cavité (j'ai agrandi la photo)

Tombeau à Hakaui

Mardi, mai 13th, 2008


La vallée de Hakaui sur Nuku Hiva a compté plusieurs milliers d'habitants. Les grottes funéraires sont nombreuses et perchées dans les falaises. Celle que la photo montre est à une centaine de mètres du sol dans une paroi haute de 300mètres. Les croyances locales sont fortes; les fantômes se promèneraient la nuit en poussant des cris…


L'installation d'une chapelle dans le bas de la vallée aurait réduit au silence les promeneurs nocturnes

Hohoï Ua Pou

Mardi, mai 6th, 2008


Salut l’inconnu,


tu es le deuxième que je rencontre en ce lieu mais on a assuré que vous étiez nombreux.


Je me pose plein de questions : étais-tu un mangeur ? as-tu été mangé ?


En tout cas, j'ai été frappé par le respect que m'a montré l'ami marquisien qui m'a conduit ici. Jusqu'à te demander l'autorisation pour te faire voir ; jusqu'à prier pour toi, pour ta vie éternelle.


Ce qui est curieux, c'est qu'il ne reste que la face de ton crâne (comme pour ton voisin, aussi trouvé dans ce site) Étiez-vous des objets décoratifs, avez-vous été l'objet de pratiques magiques ?


Le temps n'a pas détruit votre visage, vous étiez bien cachés entre deux grosses pierres.


Après ma visite, mon ami marquisien a replacé toutes les pierres et la brousse a retrouvé la paix

Le cannibalisme aux Marquises

Lundi, mai 5th, 2008

Beaucoup de spécialistes, de voyageurs, d'anthropologues ont écrit sur le cannibalisme aux marquises.Il n'est pas question de rédiger une nouvelle étude qui sera fatalement moins bonne que le travail réalisé par des professionnels.Cependant, ayant souvent l'occasion de discuter avec les marquisiens qui sont des gens timides mais très ouverts, je me suis fait une idée de la vision qu'ils ont de leur propre histoire.Le cannibalisme est un sujet qui loin de les rendre méfiants, leur donne l'occasion de parler de leurs ancêtres comme de grands guerriers n'ayant pas eu peur de la mort. Un des traits de caractère des marquisiens, c'est le fatalisme face à la mort. (Brel dit d'ailleurs : « ils regardent la mort comme on regarde un fruit »).J'ai donc eu la chance d'entendre des propos qui témoignaient de ce que la tradition orale avait transmis dans les familles.Un de mes amis, me montrait des falaises au fond d'une vallée, à Nuku Hiva. Il m’indiquait : «  c'est par là que mes ancêtres descendaient pour attaquer le village et faire des prisonniers qu’ils ramenaient et qui servaient de kaïkaï ». La vallée dont il est issu, est réputée pour avoir été un des hauts lieux du cannibalisme.L'arrivée de l'église, stoppa ses chasses organisées qui faisaient partie de la culture locale. Cependant, on m’a expliqué que le cannibalisme, la consommation des  « longs cochons » n'avait pas disparu. Les derniers témoignages parlent des années 1900-1910.Une personne âgée d'une des vallées m'a raconté ce que son grand-père lui disait : « les victimes étaient des enfants le plus souvent, des enfants volés dans le voisinage… ».Actuellement, sur les sites anciens, on trouve encore les pierres sur lesquelles étaient exécutées les victimes.