
Les deux sculpteurs ont fini leur journée dans l'océan; il faut capturer le repas du soir et comme on aime la tradition , les ressources locales sont mises à l'honneur…

Le poisson sort tout juste de l'océan; il a été pris en plongée. Les rougets sont très prisés et de jour, il faut aller les tirer sous les patates de corail et dans les grottes car ces nocturnes détestent le soleil. Plonger à vingt mètres de fond est une banalité et pour bien réussir, il est souhaitable de s'immobiliser sur le fond en attendant que le poisson s'approche. Il faut du souffle et un tempérament très calme. Le tir des gros poissons est une épreuve car dans l'eau, ceux-ci sont les plus forts. Un de mes amis a été obligé de couper le fil de son harpon pour ne pas être emporté dans les grands fonds…

Kaiha, qui habite dans une maison-pirogue, est un adepte de la vie naturelle. Ses tatouages font partie des outils culturels de sa tribu d'origine. Le collier en dents de cochons sauvages a été posé juste le temps de la pêche

Tout en nettoyant ses rougets, Kaiha déguste des lamelles de poisson cru prélevées directement sur ses prises.
Les habitants de sa vallée s'appellent les « pepehitoua » qui signifie « les pieds rouges » à cause de la terre de couleur rouge .

De temps en temps, dans les baies ou dans les ports des Marquises, des bancs de « ature » (chinchards) viennent séjourner une ou deux semaines pour le plus grand plaisir des amateurs de pêche. On les capture à la ligne avec des mouches mais le filet reste plus efficace. Il est mis à l'eau et déplacé par des nageurs courageux.

Déjà quelques prises

Le spécialiste voit les bancs qui forment des grandes taches noires à la surface
Toute la famille de Tuhatete participe à la pêche



Une belle pêche qui sera partagée avec les amis et les voisins


Tuhatete pratique cette pêche pour le plaisir et donne tout le fruit de ses efforts. Avant que la vente du poisson ne soit découverte par les marquisiens, chaque pêcheur n'attrapait que le poisson du jour et donnait le reste de sa pêche. Maintenant, avec le commerce et les congélateurs…tout a changé mais Tuhatete reste un puriste … c'est une espèce qui disparaît comme partout…
Les marquisiens ont un système numérique très compliqué (base 40) et je posais la question suivante (difficile) à un ami: « un pêcheur a pris 27 poissons qu'il veut vendre 55 francs pièce…comment fait-il le compte (en base 40…) »
Toti n'hésita pas un instant: « il fait un tas de poissons et dit…c'est 1000francs le tas! »

Les cochons vivent en liberté dans la brousse; ils ont un comportement sauvage et représentent un symbole culturel aux Marquises

Lorsque la lune est pleine, les « mamas » (chitons) montent ,la nuit, sur les rochers à marée basse. Les femmes les préparent pour le repas; on les mange crus

Ces coquillages sont excellents ; il existe une race unique de ces chitons autour de l'île de Eiao


Ces chèvres sauvages vivent la liberté que la chèvre de monsieur Seguin souhaitait…elles n'ont que l'homme comme prédateur .

Ce qui frappe quand on vit aux Marquises, c'est le peu d'espèces animales que l'on rencontre. Tous les animaux ont été introduits par l'homme il y a quelques siècles. Les poules et les coqs sont devenus sauvages . Ils font le plaisir des petits et des grands qui les chassent pour admirer les combats qu'ils livrent naturellement.

On croise ainsi, dans les rues des villages, des enfants et des adultes qui portent dans leurs bras leur champion. Ne croyez pas qu'ils vont à la chasse pour manger les perdants, c'est le combat qui les intéresse et la victoire de leur protégé. Les coqs sauvages sont durs et les marquisiens préfèrent largement les oiseaux d'élevage…charnus et faciles à consommer…!

Le poulet peut être cuit contre un caillou chauffé, l'oiseau « tipo » est une technique ancienne.

Les chevaux marquisiens sont petits et robustes; ils ont été introduits au 19e siècle; ils viennent du Chili. Ils sont capables de porter de lourdes charges sur les sentiers de montagne; certains transportent le coprah . Ils sont libres pour la plupart, vivant sur les plateaux. Sur l'île de Ua Uka, de véritables rodéos sont organisés. Il arrive, rarement, que l'on mange un cheval mais on peut considérer qu'ils sont au paradis dans ces îles…sauf en période de sécheresse.

Les frégates sont nombreuses aux Marquises; elles ont longtemps été chassées pour leur chair appréciée…crue avec du citron…m'a-t-on dit!

Les vinis sont de jolis oiseaux, minuscules et colorés. Après les matchs de football , ils viennent manger la farine utilisée (il n'y a pas de plâtre ici) pour tracer les lignes de touche du terrain.

Ua Pou est une île très sauvage; nous partons à la pêche en speedboat et passons devant le plateau des ânes (rien à voir avec nos hommes politiques…)

Rapidement repérés par les requins, il nous faut changer de coin car les plus gros cassent notre matériel.

Le but de la pêche, c'est le thon ou la bonite

En bon marquisien Tuhatete boit le sang des poissons qu'il capture et mange le coeur cru…

L'île est volcanique et de nombreux rochers ont des formes originales

Ici nous passons devant la vallée où Marchand débarqua lorsqu'il découvrit Ua Pou: Haakuti



Un paradis pour les pêcheurs et pour les amoureux de l'océan…

Cet après-midi, la mer était agitée, écumante, le temps idéal pour la pêche au « mahi mahi » (daurade coryphène ou daurade à bosse).

Il faut dire que j'ai un faible pour ce poisson tout à fait magnifique et délicieux quelle que soit la préparation qui le conduit dans mon assiette. Ce redoutable prédateur chasse à la surface de l'océan et l'on voit le sillage de son déplacement. Il se laisse facilement approcher et la plupart du temps en Polynésie, on le pêche au harpon. Aux Marquises, ce poisson a longtemps été rejeté, peut-être à cause de son aspect surprenant ; il est pourtant le roi de la cuisine. Une chair délicieuse, ferme et sans arêtes. Ici, on le pêche en bateau à la traîne, en utilisant un poulpe en plastique. Le bateau se déplace très vite car le poisson n'attaque que les leurres qui filent à la surface de l'eau.

Les pêcheurs ne partent pas au hasard pour le trouver ; ils observent le comportement des oiseaux qui sont les rivaux du poisson dans la chasse des alevins et montrent en plongeant la présence de bancs de petits poissons.


Les potimararas sont des bateaux de pêche adaptés à la situation. Ils se pilotent de l'avant avec un manche comme dans les avions. Cette position permet aux pêcheurs l'utilisation de la main droite pour lancer le harpon. Ici, c'est plutôt par l'arrière du bateau que le poisson est attrapé. Avec ces bateaux qui ne mesurent pas plus de 5 m, les pêcheurs s'en vont parfois à plusieurs heures de la côte. L'océan Pacifique est redoutable à cause de sa houle croisée mais rien ne les arrête et surtout pas le danger.

À chaque retour de pêche, l'arrivée du potimarara est un événement qui fait venir les clients mais aussi les badauds ; c'est souvent l'occasion pour déboucher les bières et raconter bon nombre de mensonges… !
En ce qui nous concerne, ce soir, ce sera « darnes de mahi mahi au lait de coco »… Un programme tout à fait réjouissant !

Il faut une journée à ces deux artisans pour construire une pirogue à partir d'un cocotier. Un balancier permettra au bateau d'aller affronter les vagues. Certains pêcheurs partent à plusieurs kilomètres en mer sur ce type d'embacation et pêchent de gros poissons (du thon à l'espadon).
Ces pirogues sont très instables et il faut beaucoup de dextérité pour ne pas chavirer.

Un drôle d'animal qui a tout de la mante religieuse. On le pêche sur les fonds sableux où il reste dans un terrier. Il est excellent avec sa chair délicate et sucrée, si bon qu'on en oublie sans regrets la langouste…

Perroquets et chirurgiens
Ces magnifiques poissons ont été pêchés dans le seul lagon des marquises : Anaho.
Ils sont excellents mais présentent un danger réel car ils vivent dans le corail sur lequel se trouve une algue qui contient un poison neurotoxique dangereux. Le consommateur imprudent est touché par la « gratte » comme disent les locaux.
Une demi-heure après avoir consommé le poisson, il a mal au ventre, de la diarrhée et le contact de l'eau occasionne sur lui des picotements caractéristiques. L'affaire se termine souvent à l'hôpital. Pratiquement tous les marquisiens à qui j’ai posé la question « as-tu eu la gratte ? » ont répondu « oui plusieurs fois ».
Ils reconnaissent tous avoir pris conscience des risques mais n'avoir pas résisté à la gourmandise.
Il faut dire qu'en situation, on n'est pas toujours prudent. C'est la roulette russe !
D'ailleurs ce jour-là nous avons consommé le poisson et bien entendu pendant deux semaines nous avons ressenti les picotements caractéristiques sous la plante des pieds et dans la paume des mains.