
Cette colonne figure parmi les représentations traditionnelles de la pirogue marquisienne. Certains pétroglyphes, très classiques aux Marquises, ressemblent à une croix funeste, triste souvenir d'une période à ne pas oublier…
Elle fut le cancer de l'Europe, le cancer du monde…ici , ces signes n'évoquent rien de pareil…des graphiques que les anciens utilisaient pour montrer le corps décomposé après la mort; la tête absente étant partie dans un lieu tapu .

Brel disait que les marquisiens regardent la mort comme on regarde un fruit; génie visionnaire, il sut, en quelques mots dire l'essentiel sur un fatalisme qui accompagne les habitants de l'archipel. Tuhatete me disait, il y a peu: « mon frère est mort jeune, d'un cancer; mon père aussi , mes cousins aussi…on meurt tous de cancer … »
Avec un rien de nostalgie, il ajoutait: « mon père ne buvait pas, il fumait…son tabac, le produit de sa culture ; c'est ma mère qui tressait la fibre de coco pour attacher les bouquets de feuilles que l'on faisait sécher…c'était un bon tabac.. »
La visite de n'importe quel cimetière montre que l'on meurt jeune aux Marquises. La nourriture, la boisson, le tabac, la sédentarité et le soleil…(qui d'ailleurs m'a envoyé un crabe dont j'espère m'être débarassé…).

Si la mort est une triste fin…comment ne pas sourire en entendant mon ami Ben Teikitutoua dire: « le cannibalisme, ce n'était pas la consommation de la viande humaine, mais l'absorption de l'esprit, du mana (la magie) du sacrifié…
Ainsi, à travers les mangeurs, il continuait à évoluer, à exister…le Christ promet bien la vie éternelle à ceux qui mangeront son corps en mémoire de lui… »

Quel beau symbole que ce « hae poa » décharné sur le front de mer de Taiohae avec en fond, la tombe de Temoana le chef et Vaekehu la sanguinaire cheffesse devenue chrétienne évangélisatrice…

Le mystère est dans le silence…et même si un de mes amis, provocateur s'il en est, m'affirmait: « des cailloux et du bois…que des cailloux! » on lui répondra, en regardant sa belle aux cheveux d'or: »des poils qui ne serviront même pas à confectionner un paréo… »
La vie et la mort scintillent de toutes nos fantaisies et si le souffle des esprits qui rôdent est bien la respiration de nos délires…souhaitons qu'il nous reste du temps pour rêver et pour trembler…

Un visage qui nous dit que les visiteurs laissent toujours des souvenirs dans l'esprit du sculpteur…(rapa nui…)
Tags: societe