La main au bénitier, les yeux dans les « saints »


Offerte à Ua Pou au dernier festival



Les rampants qui évoluent avec les tikis sous les pieds dominateurs des « saints »…tout un symbole; le forcing de la mission…


  


La cène, l'image  la plus importante de l'évangile. Même pour un mécréant comme moi, une représentation forte qui inspire le respect et la tolérance. Beaucoup plus de considération que pour les messages qui dévalorisent les racines de la culture marquisienne. Peut-être un jour, des apôtres de toutes les cultures… 



Dans une île comme Ua Pou, l'église est le centre du monde. La religion, c'est l'ensemble des repères moraux ; c'est le calendrier hebdomadaire au rythme duquel les fleurs quittent la brousse pour finir en apothéose au cou et sur la tête des belles.


Malgré la beauté des reliefs, les couleurs de la brousse et le caractère si versatile de l'océan, les pulsions sociales sont parfois frustrées. Ici, pas de cinéma, pas de restaurants, pas de galeries marchandes et aucun endroit où les talons aiguilles peuvent marteler le sol accompagnés des froufrous et des belles toilettes.


Heureusement, le dimanche, il y a la grand- messe ; un parfum de tiaré envahit les lieux et chacune y va de sa plus belle mise, le coeur léger, le front altier et les seins pointés.




En entrant dans les lieux, la pureté et  l'innocence, la générosité et l’altruisme s'expriment à pleins poumons au son des chants marquisiens accompagnés des guitares et des pahus.



Le cadre est très aéré car l'église est ouverte sur la brousse. Le vent circule aisément,  porteur de parfums et d'insectes. Des générations de sculpteurs ont travaillé pour créer les saints en miro (bois de rose) et  Jésus en tohu noir. Un Jésus dont le visage plein de souffrance focalise les regards et les âmes.





Comme dans tous les édifices religieux marquisiens,  des saints et des vierges  piétinent les tikis, symbole d'un paganisme cruel et concurrent. Car, soyons-en certains, même parmi les plus convaincus, les croyances anciennes sont toujours présentes :   la peur des « vehine hae » et des lieux « tapu », la maîtrise invisible par les esprits des règles tribales font ombrage à la religion. Et ces souvenirs sont si importants pour l'identification sociale marquisienne qu'ils auront la vie dure !


Un de mes amis qui lit la Bible à l'église n'a pas son pareil pour sentir la présence des tupuna dans certaines vallées.




L'arrivée de l'Évangile, il y a déjà longtemps, a imposé à des peuples organisés autour de la vie tribale, un nouveau regard sur les règles et la morale. L'église a su interdire les pratiques anthropophages  qui réglaient la vie des marquisiens. Finie la chasse à l'homme ou plus exactement la pêche à l'homme puisque celui-ci, victime, était ramené au village un hameçon dans la gueule. Ces pratiques autrefois codifiées et réglées disparurent mais pendant longtemps, le cannibalisme subsista ; plus barbare, plus instinctif, touchant les voisins, les enfants etc…




Si vous souhaitez vous signer en sortant, un autre bénitier a été prévu à cet effet


One Response to “La main au bénitier, les yeux dans les « saints »”

  1. cocoheinen dit :

    Je te souhaite un excellent jeudi 9 octobre, jour de célébration des 30 ans de la mort de Jacques Brel. J'y consacre pour mon article du jour. Avec mon vote et celui sur Wizz si tu y es inscrit (e).

     

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